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Les textes

P. Abbé

Homélie de la fête de la Présentation de Jésus au Temple
(1 février 2015, Prieuré de la Cambre)

Dieu et l’homme se rencontrent

Tout le récit de la présentation de Jésus au Temple est marqué par une « visitation » de Dieu, une rencontre qui se passe dans la simplicité d’un dialogue, d’un échange de regard, d’un sourire, d’un geste respectueux, dans lesquels Dieu et les hommes s’approchent, s’apprivoisent, s’engagent mutuellement.

Car c’est bien le Seigneur qui, porté dans les bras de Marie, entre dans son Temple : il est chez lui dans cet édifice ; c’est lui qu’on y adore par ailleurs comme un être glorieux à l’aspect écrasant. Ici, le Fils éternel cache sa divinité sous le voile de l’humanité qu’il reçoit de la Vierge, et s’offre à nous comme un petit enfant dans les bras de sa mère, tout aussi dépendant d’elle que nous l’avons tous été de notre maman.

Dieu n’est pas derrière l’autel des sacrifices ; il ne se rassasie pas du sang des animaux : le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un cœur rempli d’action de grâce comme celui de Marie. Un cœur qui renonce joyeusement à vouloir mettre la main sur Dieu, à chercher à le manipuler par sacrifices interposés, et accepte de s’ouvrir à une vraie rencontre, humble et sincère.

Se déposséder de soi

Marie et Joseph viennent au Temple, en pauvres qu’ils sont, pour accomplir un précepte de la Loi ; mais ce faisant, ils présentent aux hommes religieux rassemblés dans le Temple celui qui vient accomplir tous les préceptes et toutes les lois reçues du Très-Haut dans la première Alliance.

Pourtant, seuls deux vieillards aux yeux déjà éteints vont le reconnaître là où il se donne à contempler : dans l’humilité d’un enfant offert à nos regards attendris. Ce ne sont pas les prêtres chargés du culte, ni les docteurs chargés de l’interprétation de la Loi divine qui viennent l’accueillir, mais deux pauvres, ceux que Dieu aime précisément en raison de leur humilité de cœur. C’est parce qu’ils ont le cœur pur - purifié de tout orgueil - qu’ils peuvent « voir Dieu » et reconnaître la présence du Messie dans l’enfant présenté ce jour-là au Temple.

Pour avoir le cœur pur, il faut se laisser déposséder de soi pour mieux se recevoir des mains de Dieu et de tous ceux que la providence nous donne. Les jeunes parents, au moment où l’enfant naît, après avoir été désiré ou même de nos jours « programmé », restent surpris par cette merveille d’un petit d’homme qui vient au monde. C’est un moment où l’on se sent dépassé, parce qu’on réalise soudain que cet enfant qui naît est un don de Dieu, un don qui nous dépasse, qui dépasse notre pouvoir au moment même où il est remis entre nos mains... Les parents ne sont que les ministres d’une œuvre plus haute, de l’appel que Dieu adresse à ses enfants pour les faire entrer dans son alliance. Combien plus encore Marie, pour cet enfant qu’elle reçoit de façon si mystérieuse !

On ne met pas au monde des enfants pour soi-même ni pour eux-mêmes mais pour les ouvrir au monde et à Dieu. Pour preuve, Siméon prend le petit Jésus dans ses bras : pour Marie, ce n’est déjà plus son enfant : la voici désappropriée. Siméon bénit Marie et Joseph mais il annonce à Marie l’œuvre de vie qu’accomplira Jésus en même temps la souffrance qui l’attend : un glaive lui transpercera le cœur.

Tous les parents vivent des joies et des souffrances à cause de leurs enfants : fierté et déception, confiance et trahison trament la vie familiale. Ces déboires comme ces bonheurs sont cependant toujours bornés par la croix de Jésus qui témoigne de la fidélité absolue de Jésus dans son désir d’aimer les hommes au-delà de toute injure, de tout blasphème.

La vie consacrée, école et témoignage de la dépossession

Un des aspects fondamentaux de la vie consacrée est précisément de rappeler à l’homme les dispositions de cœur, identiques à celles de Jésus, qu’il doit entretenir pour accueillir Celui qui veut venir épouser son humanité pour la sanctifier, la diviniser. Voilà pourquoi l’Eglise célèbre en ce jour de la Présentation du Seigneur la « Journée de la vie consacrée ».

Les religieuses et les religieux ont à « être au sein du Peuple de Dieu comme des sentinelles qui aperçoivent et qui annoncent la vie nouvelle déjà présente dans l’histoire. Le dévouement complet des personnes consacrées à Dieu et à leurs frères et soeurs doit devenir pour le monde d’aujourd’hui le signe éloquent de la présence du Règne de Dieu. Leur façon de vivre et d’agir doit manifester sans équivoque la pleine appartenance au seul Dieu. Leur abandon total dans les mains du Christ et de l’Eglise indique la présence de Dieu.

Toutes leurs puissances de possession, ils les offrent à Dieu : vœu de pauvreté. Tout leur pouvoir d’initiative, de création et d’action, ils le remettent à Dieu : vœu d’obéissance. Toute leur puissance de fécondité, de susciter la vie, ils la confient à Dieu pour qu’il la fasse fructifier : vœu de chasteté. Et tout cela sans attendre.

S’offrir à Dieu en lui donnant carte blanche, pour qu’il donne fécondité à notre vie ; s’offrir à Dieu et à sa volonté, pour qu’il réalise son œuvre à travers l’offrande de notre personne, c’est une lutte intérieure permanente.

N’entre dans la vie religieuse que celui qui a ressenti un appel intérieur, et un appel auquel on résiste parfois longtemps avant de répondre par un oui. Mais celui qui précisément a fait le pas découvre alors tout ce que Dieu donne et la puissance de vie qu’il promet.

Aujourd’hui, nous prions pour que Dieu conserve à l’Eglise la grâce de la vie religieuse, de ce oui total prononcé, dans un élan d’amour. Que le Seigneur fasse grâce à chacun d’entre nous, quel que soit son état de vie, de pouvoir renouveler son offrande.

P. Paul

Où est-il donc Dieu ? (8 octobre 2015)

N’est-ce pas la grande question, que se posent aujourd’hui beaucoup d’hommes, même des croyants ?

La majorité de nos contemporains n’a pas vécu ces temps-là, il y a 70 à 75 ans, cependant par la diffusion des médias, des images et des articles parus dans la presse, tout le monde peut être au courant des atrocités qui ont été perpétrées dans le passé.

Il suffit de se rappeler ce qui est arrivé au temps du régime nazi, et celui du communisme, ce dernier dure encore jusqu’à nos jours dans quelques pays.
Pensons aux deux bombes atomiques tombées sur Hiroshima et Nagasaki, pour mettre fin, soi-disant, aux longues rivalités internationales. Ayons souvenir des tortures et meurtres, dont a souffert une grande partie de la population au Cambodge, sous le règne du dictateur "Pol Pot". Et aujourd’hui continue toujours cette longue guerre, sans issue, en Syrie, et les persécutions des pauvres gens en Erythrée, suite aux quelles des centaines de réfugiés sont morts par les noyades tragiques en mer, alors qu’ils espéraient de trouver bon accueil en l’Union européenne. La population des Pygmées, personnes de petite taille, fut chassée de leurs abris par des riches sans cœur, pour s’approprier de leur terre et l’exploiter. N’oublions pas les maisons modernes de prostitution, où des gens sans scrupules attirent surtout les jeunes filles innocentes pour en abuser, sans se soucier de leur dignité humaine. - On pourrait allonger la liste, en voyant ce qui se passe dans le monde, et se demander : Mais enfin, où est-il donc Dieu ?

Dans la Bible, l’auteur du psaume 10 écrit au verset 11 :
« L’impie dit en son cœur : "Dieu oublie, il se couvre la face pour ne pas voir le mal jusqu’à la fin" ».
Ou encore au verset 13 :
« L’impie méprise Dieu, il dit en son cœur : "Il ne cherchera point" ».
Et moi, ai-je raison de croire encore en Dieu ?
Que faut-il penser ?

Le brave, vieux professeur-exégète, Klaus Berger, me prend par la main et me conduit auprès de Marie, la Mère douloureuse au Calvaire, où son Fils, le Fils de Dieu, suspendu sur la croix souffre terriblement durant plusieurs heures, jusqu’au moment où Jésus dit en un grand cri : " Père, je remets mon esprit entre tes mains ", et ce disant il expire.

Ce fut l’œuvre de ses concitoyens et d’un peuple hypnotisé par ceux qui en voulaient à Jésus, parce qu’il s’était donné le nom de "Fils de Dieu". Voilà ce que les hommes ont fait – osons le dire -, avec Dieu, le Fils de Dieu.
Alors il ne faut pas s’étonner qu’il y ait aujourd’hui - plus de deux mille ans après - toujours des gens qui maltraitent des êtres humains, leurs égaux.

Mais il y a la Résurrection de Jésus ! C’est l’antithèse, dit K. Berger le triomphe de Dieu sur l’œuvre perverse des hommes, et il insiste : Celui qui n’aime pas le prochain, ne respecte pas sa vie, ne peut vouloir croire à la Résurrection. Pourtant, la Résurrection est le seul et unique espoir, que les méchants ne peuvent avoir raison de l’homme, qui a du grand prix aux yeux de Dieu.

« Heureux les affligés, dit Jésus, ils seront consolés !
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde »
Mt 5,5 et 7.

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