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À l’occasion de la messe d’action de grâce que le P. Hervé a célébrée le dimanche 26 octobre 2008 en l’église Saint-Alix à Bruxelles, le Fr. Tanguy a été invité par le Curé de la paroisse, Monsieur l’Abbé Philippe Mawet, à prononcer quelques mots à propos de sa vocation.
À ceux qui s’inquièteraient de savoir si un jour le Père Hervé trouvera en l’abbaye Notre-Dame de Leffe des jeunes qui mettront leurs pas dans les siens sur la route vers le sacerdoce, ou bien si celui-ci restera le dernier d’une espèce d’homme que le Seigneur appelle depuis près de neuf cents ans sur les coteaux mosans pour sa louange, au service de sa vigne, votre curé nous demande de vous rassurer.
Frères et Sœurs, oui, il y a encore des jeunes, à Leffe et plus largement dans l’Église de Belgique qui veulent suivre le Christ en se donnant totalement à lui. Et si je ne peux parler pour les autres, tant l’aventure d’une vocation est toujours une histoire personnelle, unique, entre Dieu et celui sur qui il a posé les yeux, j’espère que s’ils m’entendaient, ils se joindraient à moi pour vous dire combien la vie intime avec le Christ vaut toujours la peine d’être vécue aujourd’hui, combien un oui généreux, même s’il coûte quelquefois, rend heureux.
Cette aventure avec le Seigneur, dans l’Église, elle a commencé pour moi il y a vingt-huit ans, au jour de mon baptême. J’ai eu la chance de grandir dans une famille où une grand-mère attentionnée et aimante a toujours veillé à faire « goûter et voir comme est bon le Seigneur » à ses petits-enfants. La messe dominicale était le rendez incontournable du début de semaine et la prière du soir le dernier acte de journée. Malgré cela le Seigneur a dû utiliser d’autres stratagèmes pour me toucher au cœur. Il restait un peu comme un vase, superbe et de grande valeur ceci dit, posé sur la monumentale cheminée du salon. Un vase devant lequel on passe tous les jours. Un vase qu’on a l’impression de connaître. Un vase dont les décors, les entrelacs, les volutes, la forme, n’ont plus de secrets… pense-t-on. Et pourtant ! Un beau jour la splendeur merveilleuse, magnifique, éblouissante, éclatante de ce vase se révèle à vous. Je m’en étais enfin approché de plus près. Les décors de ce vase me parlaient d’amour, de joie, de charité, de vie fraternelle, d’abandon, du Christ. Que fallait-il faire ? Un oui rend heureux, un non rend triste, a dit un jour le Cardinal Danneels. Je me suis donc mis à son école, en disant oui à mon tour. Dans cette école je savais que j’allais avoir une institutrice hors-pair qu’on pourrait appeler « Madame Oui » si elle ne s’appelait déjà Marie. Je savais qu’elle guiderait mes pas sur ce chemin quelquefois rocailleux, sur lequel on trébuche si l’on n’est pas quelques fois totalement renversé. De ses encouragements, elle m’inviterait à me relever et à aller toujours plus de l’avant. Par son exemple, dans son oui à Gabriel qui l’a visité un jour à Nazareth, je pourrais toujours puiser le mien. Comme elle et avec elle, je pourrais, le cœur en joie, me mettre en route vers les villes et les montagnes. Présence silencieuse, elle saurait m’aider à méditer tous ces événements dans mon cœur. Ma mère, elle pourrait me recevoir sur son cœur quand les épreuves auraient eu raison de ma force et de ma joie. Au cœur de la prière, de ma prière, elle serait là conduisant au cœur à cœur toujours plus intime.
Si dans un premier temps, c’est dans un séminaire diocésain que je me suis senti appelé, c’est au sein de ce même séminaire que le Seigneur creusait en moi le désir d’une vie communautaire centrée sur la prière et l’Eucharistie. Comme les apôtres, autour de Marie, c’est ce que nous essayons de vivre tant bien que mal à Leffe. Cette vie canoniale nous offre de pouvoir suivre le Christ, pauvre, obéissant et chaste. Pauvre pour ne trouver qu’en lui le seul nécessaire, obéissant pour faire de lui le seul qui nous guide, chaste pour faire de lui la seule fin de notre amour.
Les frères de l’abbaye sont une belle gerbe dans la main du Seigneur, mais la moisson est abondante, le grenier de l’Église est immense, il reste tant de belles gerbes à nouer.
[mis à jour le 03.04.09]
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