Tongerlo à Leffe

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Mgr Heylen

Le 28 avril 1929, un incendie détruisit une partie de l’abbaye de Tongerlo. Le 2 mai, l’Abbé Perrier propose par télégramme d’accueillir une partie de la communauté sans abri. 35 novices accompagnés de quelques prêtres débarquèrent ainsi à Leffe. Leur direction spirituelle sera assurée par le Père Borelli. L’évêque de Namur, Mgr Heylen, l’ancien prélat de cette abbaye, qui a toujours montré une grande sollicitude pour Leffe (il est déjà intervenu en 1902), se réjouit de voir s’y installer des religieux de son abbaye campinoise, envoyés par leur abbé Hugues Lamy.

 
 
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Armoiries du P. Abbé Bauwens

En décembre 1930, Leffe fut officiellement cédée à l’abbaye de Tongerlo. Les novices retournèrent à Tongerlo au milieu de l’année suivante, mais Leffe ne retombera pas dans l’abandon. Des religieux flamands restèrent sur place, des démarches sont entamées et le 3 novembre 1931 par la lettre apostolique Refert ad nos, le pape Pie XI rend son statut de maison autonome à l’abbaye de Leffe, qui devient fille de l’abbaye de Tongerlo et fut intégrée à la circarie de Brabant. Le Père Joseph Bauwens en devient le 53e abbé. Juridiquement autonome, l’abbaye demeurait très vulnérable sur le plan financier. Mgr Heylen qui avait pensé pouvoir aider la communauté naissante y renonca. Quelques temps auparavant, sa confiance avait été trompée dans la malheureuse affaire du Boerenbond namurois, l’obligeant à s’acquitter de lourdes dettes sur son compte personnel. La communauté dut vivre d’expédients : les jeunes frères fabriquaient de l’encens et de l’encre que les confrères prêtres allaient vendre à travers toute la Belgique, se déplaçant souvent à pied. Ces maigres revenus suffisaient juste à assurer la survie matérielle de la communauté. Cette situation dura jusqu’à la guerre et au-delà.

 
 
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"L’adoration des bergers" de Van der Goes (copie du XIXe s.)
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Jacquemart (restauré en 2005)

Homme de goût, Mgr Bauwens n’hésitait pas à faire bien et beau avec peu. On lui doit l’aménagement du réfectoire, la construction de la tour néo-baroque qui se trouve dans le prolongement du porche d’entrée et le campanile bien connu, établi sur une ancienne tour carrée d’où, tous les quarts d’heure, un jaquemart, à l’origine prévu pour la collégiale, laisse tomber les notes d’une antienne à la Vierge Marie. Un dépôt permanent d’œuvres d’art appartenant aux musées royaux du Cinquantenaire contribua encore à l’embellissement de l’abbaye.

 
 

Les épreuves de la guerre revinrent une nouvelle foi troubler la vie conventuelle. La majorité des Pères partirent au front en tant qu’aumôniers et deux religieux furent blessés par une bombe aérienne. Lors de la débâcle de 1940, les jeunes Frères évacuèrent avec leurs formateurs jusqu’à Toulouse. Ils trouvèrent ensuite refuge durant quelques mois à Espaly, dans le diocèse d’Annecy où vivait une communauté prémontrée dépendant de Frigolet. Ils rentrèrent le 28 août et retrouvèrent une abbaye presque intacte, vaillamment gardée par le vieux frère Rémy aidé du frère Bronislas. Les dégâts relativement mineurs causés par une bombe et quatre obus furent l’occasion d’une restauration plus en profondeur des bâtiments. Une autre alerte emmènera les novices à Tongerlo lors de l’offensive dite « von Runstedt », fin 1944. Durant toute cette période troublée, le Père De Bruyn, prémontré de Tongerlo résidant à Leffe, travaillera de concert avec le Père Capar, jésuite, à faire fonctionner une « institution d’hébergement pour la jeunesse citadine », installée dans une maison de maître voisine, propriété de l’abbaye, qui deviendra plus tard la maison d’accueil Saint Norbert. Cette institution n’était en fait qu’une façade permettant de recueillir et de dissimuler aux allemands une quarantaine d’enfants juifs...

 

Sa santé se fragilisant de plus en plus, Mgr Bauwens démissionna au cours de la guerre et rentra à Tongerlo en 1944. Le Père Hugues Lamy, abbé émérite de Tongerlo, lui succéda d’abord comme administrateur puis comme abbé. Celui-ci, francophone né à Fosses-la-Ville, était bien connu comme historien. Il avait publié de nombreux travaux sur l’abbaye de Tongerlo et les prémontrés.



[mis à jour le 26.02.09]

 

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