Semences de contemplation

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Connaissez-vous le calvaire de l’Abbaye ? Il domine notre « Montagne » et surveille de haut le mariage de la Leffe (la rivière !) avec la Meuse. Christ glorieux, couronné, sur une croix de trois mètres plantée sur un autel mastodonte. Béton et pierre. Il y a 50 ans, encore, on le voyait de partout, dans les deux vallées. La végétation, malgré les élagages, cachera bientôt la croix. Image, sans le vouloir, d’une présence toujours plus discrète de Dieu en notre monde ?

Le calvaire de l’Abbaye, tel un bel arbre chargé de fruits savoureux, tend ses bras vers le ciel et vers la terre.

Présence, absence de Dieu : voilà des sujets qui touchent tout chrétien, et au-delà tout homme qui ose réfléchir, en ce temps propice du carême 2008. Nous, les Prémontrés, spécialistes (avec d’autres) du « grand écart » entre présence-à-Dieu et présence-aux-hommes, nous nous laissons interroger sur les deux fronts, toujours prêts à construire des ponts. Mon regard chercheur a rencontré les propos d’un sage, propos qui touchent le cœur du chanoine Prémontré de nouvelles semences de contemplation pour ce temps de carême.

Ce n’est pas la présence de Dieu qui aliène l’homme, mais son absence. Sans le vrai Dieu, Père de Jésus-Christ, le Seigneur, les espérances deviennent des illusions, qui conduisent à la fuite de la réalité. Parler avec Dieu, rester en sa présence, se laisser éclairer et purifier par sa Parole, nous introduit au contraire au cœur de la réalité, dans l’intimité du Moteur du devenir cosmique, nous introduit pour ainsi dire dans le cœur battant de l’univers.

Sans la dimension de la prière, le moi humain finit par s’enfermer sur lui-même, et la conscience, qui devrait être l’écho de la voix de Dieu risque de se réduire au miroir du moi, si bien que le colloque intérieur devient un monologue soumis à mille autojustifications.

La prière est la garantie d’ouverture aux autres.

Même dans la solitude de l’épreuve la plus dure, rien ni personne ne peut m’empêcher de m’adresser au Père, ‘dans le secret ’ de mon cœur, là où lui ‘ voit ’.

Les 40 jours du Christ au désert, au début de sa mission et son angoisse mortelle à Gethsémani, à la veille de sa Passion montrent que « la prière est l’arme qui permet d’affronter victorieusement le combat contre l’esprit du mal.

Et sur la Croix, la prière du Christ atteint un sommet : Jésus fait sien le cri de l’humanité qui souffre de l’apparente absence de Dieu et porte ce cri jusqu’au cœur de Dieu. Ainsi en priant dans cette solitude ultime, avec toute l’humanité, il nous ouvre le cœur de Dieu. La souffrance est toute imprégnée de la lumière de l’amour, de l’amour du Père qui lui permet d’aller avec confiance à la rencontre de son « dernier baptême.

Ce baptême de douleur et d’amour, Jésus l’a reçu pour nous, pour toute l’humanité, Il a souffert pour la vérité et pour la justice, en apportant dans l’histoire des hommes l’évangile de la souffrance, qui est l’autre face de l’évangile de l’amour.

Vous l’aurez reconnu, ce « sage » n’est autre que notre pape Benoît XVI. (Homélie du mercredi des cendres 2008)

La Croix, comme un trône de gloire, s’offre à qui veut bien s’approcher d’elle : alors il entendra ce nom nouveau que lui donne le Ressuscité, pour poursuivre son chemin sur les grands-routes de notre siècle.

Bon Carême 2008 !

P. Bruno, Abbé



[mis à jour le 12.02.08]

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