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L’icône représente Joseph, un homme jeune, en position d’orant, vêtu d’une tunique et d’un manteau rouge. Jésus, enfant, est devant lui, de même physionomie que lui, un peu comme dans les représentations de Notre-Dame du Signe. L’Enfant Jésus, lui aussi vêtu de rouge, bénit de la main droite celui qui le regarde. Il soutient de sa gauche une colombe qui s’approche de son visage.
D’après le titre d’un ouvrage du père André Doxer, chapelain à Lourdes, l’auteur du site où je l’ai découverte lui a donné pour titre : « Joseph, ombre du Père ». Il y voit en effet une représentation trinitaire, ce que je peux très bien comprendre : le Père, éternellement jeune, offrant son Fils, engendré de Lui avant les siècles, parfaite image de sa gloire, qui vient rendre au genre humain la bénédiction. Le large manteau ouvert suggère la gloire et une idée de protection. Je l’imagine couvrant ceux qui s’y réfugient, solide au point que ceux qui reviennent vers lui puissent s’y agripper, s’y accrocher pour aller vers son cœur, ce cœur d’un Père capable de s’émouvoir du même frémissement que celui des entrailles d’une mère. L’Esprit, sous la forme de la Colombe dans la main de Jésus, est comme le doigt, le prolongement de cette main du Père qu’est Jésus. Il susurre au Fils l’amour dont il est aimé et semble puiser à ses lèvres ce qu’il doit porter dans le cœur des croyants, prêt à être envoyé sur eux.
Le mystère de cet homme, époux de Marie sans l’avoir jamais connue, père de Jésus sans qu’il soit le fruit de sa semence, et qui pourtant assume décidément le rôle qui lui est confié par Dieu, me redit à nouveau combien chacun, quelle que soit sa condition, peut trouver en lui un patron, un modèle. Joseph est dans « l’ombre du Père », sans lui faire aucune ombre ; il n’est pas pour autant un mirage, mais un être bel et bien unique, personnel et concret. L’Enfant a accepté d’être appelé fils de Joseph. C’est de lui qu’il a reçu son Nom et c’est par lui qu’il est rejeton de David. Tout cela par pure grâce de Dieu en faveur d’un homme qui s’ouvre à lui mais que les autres pourraient considérer bien différemment...
L’Ecriture dit de Joseph qu’il est un homme juste. Quand il apprend que Marie, qui lui était promise, porte en elle ce qui vient de l’Esprit, il se retire humblement pour ne pas contrecarrer le dessein divin qu’il ne comprend vraisemblablement pas. Loin de vouloir s’emparer de ce qui devrait lui revenir, ou de s’irriter de ce qui lui échappe, il se soumet dans l’obéissance à plus haut que lui. Il peut alors accueillir une nouvelle mission : il sera époux et père, mais pas comme il l’avait sans doute imaginé. Il aimera tendrement, profondément, fidèlement, mais plus que chastement : dans une continence qui éblouit autant qu’elle laisse perplexe ou incrédule.
L’iconographe n’a pas mis dans ses mains l’habituel lys des vierges ; il ne le représente pas non plus comme un vieillard mais comme un homme plein de grâce et de virilité, prêt à s’élancer pour courir sa route... Ses mains sont grandes ouvertes, dépouillées, offertes, - pas liées -, dans une attitude de profonde liberté qui évoque à la fois l’offrande et l’accueil, l’attitude de la prière.
Joseph est tout vêtu de rouge : c’est la couleur du feu, de l’Esprit. C’est le signe de la présence pleinement accueillie et reçue en lui de cette Colombe tenue par l’Enfant. Joseph, le juste, est justifié par son obéissance de foi. Il ne jouit certes pas de cette conception immaculée qui a été le propre de Marie mais, lui aussi, il a accueilli l’Esprit. Il s’est laissé transformer par lui, transfigurer pour ainsi dire : sa puissance virile s’est laissée féconder par la Grâce d’en haut qui lui donne de porter un fruit nouveau, plein d’une saveur inconnue.
La présence de la Colombe dans la main de l’Enfant est bien plus suggestive que tout autre symbole. Au cœur du mystère trinitaire, le Père aime éternellement le Fils qu’il engendre éternellement dans cet amour ; le Fils aime éternellement le Père dans ce même amour qu’il lui retourne éternellement. Cet amour du Père et du Fils, du Père pour le Fils et du Fils pour le Père a un nom, différent de tous les noms qu’on pourrait lui donner s’il s’agissait d’un phénomène purement humain : cet amour, c’est une troisième Personne, l’Esprit. Ce Feu de charité pure indique que l’amour trinitaire est au delà de ce que nous pouvons connaître : il dépasse tout, infiniment, de ce que l’homme sait, expérimente, goûte de l’amour. Il n’en demeure pas moins l’archétype, sa source et son sommet. Tout ce que nous pouvons connaître de l’amour, malgré le drame du péché, vient de là et, selon l’ordre de la rédemption, doit nous ramener là.
C’est l’Esprit, pur Amour, qui devient ainsi pour les hommes le gardien et le régulateur du bel amour : cet Esprit versé dans nos cœurs, pour y mettre l’amour, précisément ; un amour de charité, don perpétuel, qui ne veut et ne peut ni rien saisir ni rien retenir mais au contraire, parce qu’il donne toujours, reçoit parfaitement et se trouve toujours comblé d’une plénitude telle qu’elle peut s’élargir à l’infini sans jamais diminuer en quoi que ce soit. C’est ce Feu-là qui doit gagner la terre entière, le cœur de chaque homme, chaque femme en ce monde, pour le rattacher à sa source.
Nos soifs, nos faims, nos désirs ne sont que « l’ombre » de cet amour, avec tout ce qu’il y a — pour nous — de trouble et de mystérieux dans cette « ombre » qui ressemble plus souvent à la ténèbre épaisse où, dans la Bible, Dieu se manifeste à l’homme pour opérer en lui.
Nos chemins ne sont jamais des chemins de désespoir, malgré toutes les angoisses, tous les doutes, les questionnements, malgré le poids de la solitude, malgré les défaites et les chutes de ceux qui pleurent et gémissent...
Nos chemins ne sont pas irrémédiablement condamnés, malgré la chair et ses joies, pleines, durables ou éphémères, gratuites, recherchées et consenties, malgré les attachements des corps aux corps, qu’ils précèdent ou suivent ceux de l’âme à l’âme, chez ceux qui au contraire rient et ont oublié tout souci...
C’est Jésus, le centre de l’icône, car c’est à cause de Jésus que Joseph est devenu Joseph en plénitude... C’est Jésus qui, pour chacun d’entre nous, reste le Chemin, la Vérité, la Vie...
C’est Jésus qui me redit l’amour du Père pour moi, envers et contre tout ; il me donne d’aimer et m’invite à aimer, comme lui...
Ma Colombe, ma toute belle, viens ; montre-toi ;
montre-moi ton beau visage !
Viens, Esprit Saint ; viens, Foyer d’amour !
Alors que se profilent les jours de la passion du Fils Unique et Bien Aimé,
lui qui m’a aimé et s’est livré pour moi, viens m’apprendre à aimer !
[mis à jour le 03.04.09]
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