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Le touriste quitte la N4 en direction de Sainte-Ode et s’imagine qu’il arrive au village qui porte ce nom charmant. En avançant il pénètre toujours plus profondément dans la forêt ardennaise. A droite, tapie dans le sous-bois, il perçoit une maisonnette, un peu plus loin à gauche une flèche indiquant la direction à suivre vers le « Centre Hospitalier de l’Ardenne », continuant toujours le chemin forestier il découvre à droite un panneau signalant la montée vers la « Source et la chapelle de la Bonne Dame ». Poursuivant la route, où à sa gauche ruisselle l’Ourthe, le touriste arrive avec étonnement à un vrai village mais appelé « Lavacherie ». Il y découvre une église ouverte et à quelques pas de là une maison aux portes ouvertes, le presbytère.
Il se renseigne chez Monsieur le Curé pour savoir où se trouve le village de Sainte-Ode. Celui-ci raconte d’abord l’origine du nom de Lavacherie qui, il est vrai, n’est quand même pas une dénomination à envier. Il explique que dans les temps anciens, les quelques seigneurs féodaux installés dans les lieux pittoresques de la région forestière ne supportaient pas l’odeur des étables. C’est pourquoi ils avaient chassé les pauvres fermiers les obligeant à se réfugier dans cette plaine qu’ils appelèrent alors « Lavacherie ».
Il parait que c’est une anecdote racontée par l’instituteur du village à ses élèves ou une histoire rapportée par un curé.
Voici la version authentique des origines de la commune de Lavacherie. Lavacherie dépendait d’Amberloup, siège du fief étendant sa juridiction sur une assez vaste portion de territoire. C’est là aussi, dans l’aire d’Amberloup que Pépin de Herstal, devait édifier un pavillon de chasse. Très vite aussi Amberloup prit une certaine importance, devint le lieu d’une cour féodale. Il fallait trouver la nourriture nécessaire, c’est pourquoi plusieurs hameaux très proches portaient des noms ittoresques : Aviscourt - basse-cour : élevage de volailles ; Porcheresse : élevage de porcs ; Lavacherie : élevage de bovins ; Le Jardin : potager Mais cela ne nous amène toujours pas à Sainte-Ode !
À l’époque de la fusion des communes, il y a environ un demi-siècle, les autorités civiles avaient décidé de fusionner les communes d’Amberloup, de Lavacherie et de Tillet. Vous comprenez que chaque habitant souhaitait que la nouvelle entité porte le nom de la sienne. Alors de nuit la Bonne Dame de Sainte-Ode avertit en songe les édiles politiques d’appeler cette agglomération Sainte-Ode. Du coup tous les habitants ont applaudi cette idée ingénieuse. Depuis bien longtemps le premier dimanche de mai, ils se rendent en procession à la chapelle de la Bonne Dame.
Mais qui est cette Bonne Dame, appelée Sainte-Ode ? Comme il arrive souvent, il y a des légendes qui se brodent autour des saints et des saintes de Dieu. Voici la vraie histoire ! Ode est née au 7e siècle vers 634 de Childebert et d’une fille du duc de Guyenne. Elle épouse le duc Boghon de Guyenne ou d’Aquitaine. Elle eut un fils Arnould, qui plus tard fut vénéré comme saint Arnould. Il faut savoir que ce fut le « siècle des saints ». Devenue veuve, Ode se retira comme recluse en Aquitaine, puis au pays de Liège, notamment à Ama devenant Amay (près de Huy). Elle vénérait saint Pompée et elle a rencontré l’évêque saint Lambert. Elle mourut en 713 et fut canonisée par acclamation du peuple en juillet 715.
La chapelle de la Bonne Dame, construction du XVIe Siècle, abrite la statue de sainte Ode à proximité de la source de la Bonne Dame. La statue fut apportée en 1571 par Johann Piret, originaire du Brabant wallon, qui était venu à Lavacherie où on extrayait du minerai. Avec l’eau de la source de la Bonne Dame il essuyait les yeux des mineurs. C’est ainsi que sainte Ode est invoquée pour les maladies des yeux.
Notons encore, en passant, que déjà en 1446 deux manants de Lavacherie, ayant collecté trois clinquants d’or et de la cire, furent envoyés à Amay pour y chercher une image de Sainte-Ode.
Beaucoup de nos contemporains connaissent surtout Sainte-Ode à cause du Centre Hospitalier. En effet, la « Fédération Nationale des Anciens Prisonniers de Guerre »(FNAPG) avec le concours des « Prisonniers Politiques »(PP) avait fait l’acquisition en 1950 du « Domaine du Celly » (environ 100ha) avec le château appelé « le Celly » qui appartenaient à M. Fabri, un liégeois. Ce fut le départ du « Centre Hospitalier ». Sans entrer dans les détails de la longue histoire de ce centre hospitalier, fixons maintenant notre regard sur le « Centre de Vacances des Mutualités Chrétiennes » où notre communauté « Joie sans Frontière » de Foi et Lumière fera cette année son camp d’été.
Ce grand bâtiment qui est maintenant propriété des Mutualités Chrétiennes est l’ancien institut Pro Juventute. En 1931 Louis Empain achète une propriété située au lieu dit La Falise sur la commune d’Amberloup pour y fonder une « colonie » pour enfants – selon le vocabulaire de ce temps-là. Les travaux débutent dès 1932. Madame Ghislaine Godfroid, nonagénaire de Lavacherie, s’en souvient bien ; elle fut la secrétaire de l’Institut Pro Juventute.
D’après un document de l’époque, le baron Louis Empain avait voulu que ce coin des Ardennes qu’il avait choisi comme lieu de repos, soit également une terre privilégiée pour les petits déshérités et il tint à ce que l’Institut Ste-Ode soit bâti avant « le château du Celly » qu’il construisit non loin de sa fondation.
Cet établissement destiné à recueillir deux cents enfants pauvres et débiles fut inauguré officiellement par Mgr Heylen, évêque de Namur, en présence du ministre de l’Intérieur et de l’Hygiène et des plus hautes personnalités du pays, le 26 mai 1935. Madame Godfroid aime raconter cette histoire.
Les Prémontrés se souviennent ici que Monseigneur Heylen fut, avant sa nomination comme évêque, abbé de Tongerlo, et que Monseigneur Hugues Lamy, que madame Godfroid a bien connu comme aumônier à Sainte-Ode, fut élu en 1945 abbé de Notre-Dame de Leffe.
L’institut Sainte-Ode fonctionna comme Institut Pro Juvente jusqu’après la guerre. Dans les années cinquante, d’autres dispositions furent prises en faveur de ces enfants. Ce qui fait que le bâtiment devint inoccupé. C’est alors qu’en 1954, les Mutualités Chrétiennes de Saint Nicolas-Waes achetèrent le bâtiment et en firent une maison très moderne, équipée pour accueillir des centaines de personnes. La maison est conçue et bien adaptée pour recevoir surtout les personnes handicapées. C’est ainsi que notre communauté Joie sans Frontière se réjouit déjà d’y vivre pour son camp d’été.
Voilà la petite histoire sur Sainte-Ode.
P. Paul L. Nols
[mis à jour le 03.04.09]
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