Père Werenfried

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Werenfried van Straaten naquit le 17 janvier 1913 à Mijdrecht non loin d’Amsterdam. Son intention première était de suivre les pas de son père et de devenir professeur, ce qui l’amena à commencer en 1932 des études de philologie classique à l’université d’Utrecht. Mais très tôt déjà, il se sentit appelé au sacerdoce, ce qui le conduisit à entrer à l’abbaye de Tongerlo où il reçut l’habit blanc le 13 novembre 1934. Après avoir détecté un début de tuberculose, son médecin jugea qu’il n’était pas capable de suivre les rigueurs de la vie conventuelle et ses supérieurs songèrent par conséquent qu’il serait peut-être préférable qu’il quitte la communauté. Il fit néanmoins profession le 15 septembre 1936 et fut ordonné prêtre le 26 juillet 1940. Par soucis de préserver une santé jugée faible, il fut décidé qu’il resterait au monastère en tant que secrétaire particulier de l’abbé. C’est à ce titre également, qu’il fut nommé à la tête de la revue Toren (« la Tour ») qu’éditait l’abbaye.

La vie de Werenfried prit un tournant radical lorsque pour la Noël 1947, il écrivit un article intitulé « Paix sur terre ? Pas de place dans l’auberge ». Dans cet article, il plaidoya courageusement pour qu’on aide les quatorze millions de réfugiés allemands qui avaient été expulsés des territoires de l’Europe de l’Est. La réponse dépassa toutes les espérances et signa les débuts d’une organisation dénommée à ses débuts Oostpriesterhulp (et qui fut mieux connue plus tard sous le nom d’Aide à l’Eglise en détresse). Une des premières choses demandées par Werenfied aux paysans flamands furent des morceaux de lards, afin de soulager la faim des réfugiés. Le père Werenfied récolta tellement de morceaux de lards qu’il fut très vite affublé du titre de « Père au lard ». Dans ses sermons enflammés pour les réfugiés allemands, il appela à une « offensive d’amour fraternel » en faveur de l’ancien ennemi. Un vieux chapeau dans la main, il récolta très rapidement cinq millions de marks et envoya quinze trains de fret, débordant de nourriture, de vêtements, de bibles et de littérature religieuse en direction de l’Allemagne.

A partir de 1948, Werenfried travailla intimement avec Mgr Kindermann, qui dirigeait à Königstein près de Francfort, une organisation pour réfugiés ainsi qu’un séminaire pour les expulsés en provenance de l’Est. C’est de Königstein qu’il lança un programme pour « donner des roues » aux nombreux « prêtres sac à dos » qui cherchaient à assister pastoralement leurs fidèles déplacés. A partir de 1950, il finança la première « chapelle roulante », des bus transformés en chapelles mobiles pour permettre aux réfugiés catholiques dispersés en Allemagne de recevoir les sacrements. Le jeune religieux maladif de 1934 s’était transformé en un brillant organisateur, un orateur de grande envergure ainsi qu’un missionnaire très populaire parmi les masses. Il faisait dans les églises plus de 90 appels par mois en faveur de ses réfugiés, reconnaissant ainsi que la mendicité était devenue sa vraie vocation.

En 1953, Werenfied publia sa première lettre de contact rédigée de sa propre écriture, appelée Le Miroir. A sa mort, le bulletin bimensuel était édité en sept langues et connaissait une distribution de 700.000 exemplaires. Au cours de la révolte hongroise en 1956, Werenfield se rendit à Budapest à la rencontre du cardinal Mindszenty qui venait d’être libéré de prison. Ce fut le début d’une aide massive en faveur de l’Eglise de Hongrie et de sa croisade idéologique contre le communisme. En 1959, il parcourait l’Asie, visitant les réfugiés ainsi que « La maison des mourants » de Mère Térésa qu’il rencontra à Calcutta. Il publia en 1960 son premier livre intitulé On m’appelle Père au lard. Le père Werenfried assista en 1962 au Concile Vatican II en qualité d’expert, ce qui lui permit de rencontrer soixante évêques d’au-delà du rideau de fer qui étaient aidés directement ou indirectement par son association. Paul VI le nomma en 1964 modérateur général d’Aide à l’Eglise en détresse. En 1965, au cours de la révolte des Simbas, Werenfied visita le Congo. L’année d’après, il fondait avec Mère Hadewych, une religieuse belge, les Filles de la Résurrection, une congrégation unique en son genre, destinée aux jeunes femmes africaines dépourvues de toute formation initiale. 1969 vit la publication du second livre du Père Werenfried Où Dieu pleure. Le 7 octobre 1980, il fit un transfert à l’abbaye d’Orange (Californie), tout en continuant à résider et à travailler en Europe.

La chute des régimes communistes en Europe de l’Est ouvrit un nouveau chapitre dans l’œuvre de réconciliation du Père Werenfied, cette fois-ci en faveur de la promotion de meilleures relations entre l’Eglise orthodoxe à l’Est. Il appela en 1992 à la réconciliation entre les chrétiens et fit un plaidoyer auprès des catholiques pour qu’ils viennent à l’aide de leurs frères et sœurs orthodoxes. Il regretta le manque de collaboration à la fin de sa vie entre les Eglises catholiques et orthodoxes — tout particulièrement en Russie où le clergé orthodoxe se montra farouchement opposé à tout contact avec Rome. Werenfied garda tout au long de sa vie la ferme conviction que « les gens sont meilleurs que nous le pensons » et cette attitude se refléta concrètement par des œuvres caritatives en faveur des plus démunis et des plus abandonnés de l’humanité.

Le Pape Jean-Paul II le qualifia « d’apôtre éminent de la charité ». Il mourut à l’hôpital de Baden Soden en Allemagne le 31 janvier 2003, à l’âge de 90 ans.

(Source : Hagiologe. Vie des saints, bienheureux et personnages considérables de l’Ordre de Prémontré, Windberg 2005, 34-36)



[mis à jour le 30.01.06]

 

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