Méditation sur un polyptyque (8)

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Huitième volet : Le Christ en croix

Voici que le grain de blé est planté en terre. S’il ne meurt pas, le grain ne peut porter du fruit.

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La croix révèle l’amour blessé de Dieu que nous sommes invités à accueillir. Nous ne sommes plus face à un Dieu qui fait peur, mais face à un Dieu vulnérable qui nous aime et que nous ne pouvons atteindre que dans l’amour. Il nous touche par sa tendresse et nous ne pouvons l’atteindre que par notre tendresse. Il présente à nos yeux un amour blessé et nous sommes invités à panser ses blessures et à le détacher de la croix. Il se présente à nous comme quelqu’un qui a besoin de notre amour, qui a soif de celui-ci.

La croix est cette folie de l’amour de Dieu qui fait contrepoids à nos folies, à nos absurdités, à nos égarements, à nos refus, à nos limites, à nos péchés, à nos morts. Elle manifeste que l’homme ne se trouve et ne se réalise que dans le don de soi et qu’il se perd lorsqu’il veut accaparer, garder pour lui, avoir la main mise sur sa vie et sur celle d’autrui. Elle montre jusqu’où va l’amour : "Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime".

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Les larmes du Père coulent au dessus de la croix. Ce sont les larmes du Père pour son Fils, mais ce sont aussi les larmes du Père pour les fils que nous sommes. Les larmes d’un Père qui désire rétablir la relation avec lui, retrouver le fils prodigue que nous sommes, retrouver Adam notre père... dans le péché, et dont nos égarement viennent bouleverser le coeur.

"Adam où es-tu ? crie à nouveau le Christ en croix. Je suis venu là à ta recherche et, pour pouvoir te trouver, j’ai tendu les mains sur la croix. Les mains tendues, je me tourne vers le Père pour rendre grâce de t’avoir trouvé, puis je les tourne aussi vers toi pour t’embrasser. Je ne suis pas venu pour juger ton péché, mais pour te sauver par mon amour des hommes, je ne suis pas venu te maudire pour ta désobéissance, mais te bénir par mon obéissance. Je te couvrirai de mes ailes, tu trouveras à mon ombre un refuge. Ma fidélité te couvrira du bouclier de la croix et tu ne craindras pas la terreur des nuits car tu connaîtras le jour sans déclin. Je chercherai ta vie, cachée dans les ténèbres et à l’ombre de la mort, je n’aurai de repos, jusqu’à ce qu’humilié et descendu jusqu’aux enfers pour t’y chercher, je t’ai reconduit dans le ciel" (Sermon de saint Germain de Constantinople, évêque).

Derrière la croix, en forme de X qui fait penser à un siège, un trône. Le voici notre Roi ! Il n’a pas d’autre couronne qu’une couronne d’épines. Il n’a pas d’autre sceptre que celui de la croix. Il n’a pas d’autre pourpre royale que sa nudité.

A l’arrière plan encore, une petite croix trapue, très connue des œuvres d’Arcabas. Cette croix, présente dans toute l’oeuvre d’Arcabas, n’explique rien, ne justifie pas plus. Elle accompagne. Car le Christ n’a pas disserté sur la souffrance des hommes, il l’a partagée. Elle est là qui veille. Elle-même contient une croix plus petite, dorée, minuscule lumière dans la nuit de ce jour, signe d’une espérance que même la mort n’arrive pas à vaincre.

Neuvième volet : La pâmoison de la Vierge

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Sur le côté la foule contemple, deux gardes surveillent de loin. Certains crient : "Qu’il se sauve lui-même !" (Luc 23, 35). Une mère et son enfant s’éloignent. Elle fait peut-être partie de ces filles de Jérusalem qui sur le chemin de la croix se lamentaient et se frappaient la poitrine. Jésus se tournant vers elles avait répondu : "Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-mêmes et sur vos enfants (...). Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, qu’en sera-t-il de l’arbre sec ?" (Luc 23, 28-30). Elle s’éloigne. Tout semble fini. Ce Messie ne semble avoir joué qu’une comédie de mauvais goût qui se termine dramatiquement. On espérait... Pourtant tout s’accomplit enfin : Jésus fait don de sa vie pour que nous vivions.

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A l’avant plan, Marie tombe dans les bras de Jean, le disciple que Jésus aimait et à qui elle a été confiée : "Voici ton Fils, voici ta mère" (Jean 19, 26-27). Arcabas sort ici de la tradition occidentale qui préfère voir Marie debout au pied de la Croix : Stabat Mater dolorosa... Marie apparaît ici sous un angle plus humain, celui de la faiblesse dans la douleur, celui de la souffrance qui atteint jusqu’au corps.

La tradition occidentale insiste quant à elle beaucoup plus sur l’exception que représente Marie : même si elle n’a pu tout comprendre, Marie n’a pas douté, sa foi n’a pas vacillé et c’est forte dans la foi qu’elle est restée debout au pied de la Croix.

Seigneur,
C’est là où j’ai envie de crier
"Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ?"
que tu te fais présent :
dans ma faiblesse, ma vulnérabilité,
ma souffrance, mon handicap, ma différence.
C’est de ces profondeurs que je crie ma prière,
sois attentif à ma prière.
C’est là que tu viens me chercher,
me prendre dans tes bras, m’étreindre.
Tu fais de ma souffrance, de ma faiblesse,
de ma vulnérabilité, de mon handicap, de ma différence,
le lieu de la rencontre avec toi, le lieu où tu m’attends.
Même de ce qui est mort, tu viens faire naître la vie.

A mon coeur blessé,
tu présentes un coeur blessé lui aussi.
A mes pieds chancelants et à mes mains malhabiles,
tu présentes tes pieds et tes mains transpercés.
A mon visage couvert de honte,
tu présentes ta Face couronnée d’épines.
Seigneur, comment ne pas t’aimer ?

(Suite)



[mis à jour le 11.04.09]

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Norbert

En 1126, Norbert est nommé archevêque de Magdebourg et archichancelier de l’empire. (lire sa vie)

 

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