Méditation sur un polyptyque (5)

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Cinquième volet : la trahison de Judas

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La trahison de Judas représentée ici pose question. L’or, très présent dans la peinture d’Arcabas, est souvent allié aux idées de sainteté, grâce, rédemption, salut. C’est quelque chose de positif et il est curieux de trouver ici le baiser de Judas représenté par un petit rectangle d’or. N’est-ce pas le baiser de la trahison ? De plus, dans le panneau inférieur, nous trouvons la corde et les écus, symboles du suicide de l’apôtre, mais il y a aussi l’or de ce dont la corde ne semble plus être que l’ombre, comme si Judas, au cœur même de son suicide, avait pu faire l’expérience de la miséricorde de Dieu. Nous retrouvons là une idée présente chez un curé d’Ars : entre le pont et le fleuve où se jette celui qui veut se suicider, il y a la possibilité pour le repentir et la rencontre du pardon de Dieu.

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Lors de notre entretien avec le peintre nous avons voulu poser la question : "Croyez-vous que Judas soit sauvé ? Car c’est ce qui me semble transparaître de votre manière de traiter le sujet du baiser de Judas". Le peintre répondra que cela fait partie de son espérance.

Mais comment Judas en est-il arrivé à trahir Jésus ?

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"Les apôtres se posaient la question : Quand commencera-t-il enfin à faire ce qu’il a à faire, à savoir chasser les Romains du pays, rétablir son trône comme David à Jérusalem, pour régner dans la terre de Dieu à partir de Jérusalem ? Quand le fera-t-il ? Il nous mène en bateau. Ça traîne en longueur. Il ne prend pas de décision, il perd son temps avec des aveugles et des boiteux, des sourds. Il se laisse accaparer dans des choses qui n’ont pas une importance essentielle... Les apôtres attendent ce royaume terrestre de prospérité économique, d’indépendance politique et, le cas échéant, des miracles pour assurer cette prospérité et cette indépendance. C’est un malentendu permanent.

Mettez-vous dans la peau des apôtres, entrez dans la peau de Judas. Qu’est-ce qu’il vient nous raconter ? Que le royaume des cieux est semblable à une perle. Qu’est-ce que cela veut dire ? Un trésor trouvé dans un champ ! Enfin, en quoi les enseignements du discours sur la montagne sont-ils utiles pour chasser les Romains ? (...)

Quand on entre bien dans ces affaires-là, on s’étonne que les apôtres n’aient pas dit plus tôt : il n’est pas celui que nous attendions ; c’est impossible, ce n’est qu’un idéologue.

Et cela d’autant plus que, dans le collège apostolique, il y avait des zélotes, au moins un qu’on appelle justement Simon le Zélote. Il y en avait peut-être deux, le second étant précisément Judas ; Iscariote pourrait vouloir dire le sicaire, c’est-à-dire l’homme au couteau. Un troisième était peut-être bien Simon Pierre, car on comprendrait mal autrement qu’au jardin de Gethsémani il ait eu une épée. Les Zélotes sont les membres d’un mouvement hostile, clandestin, résistant. Ils voulaient chasser les Romains... Il y avait donc, dans le groupe des apôtres, certainement un zélote, probablement deux et peut-être trois. Mettez-vous à leur place. (...) Est-ce qu’on peut compter sur lui ? Il ne sait pas exploiter les situations politiques, il gâche tout, il perd toutes les occasions. La multiplication des pains était une occasion extraordinaire. Car, enfin, il n’est pas comme les autres, il multiplie les pains, donc il y a une puissance dans cet homme-là.

Essayez de bien sentir comment un raisonnement surnaturel devient facilement un raisonnement purement humain, un raisonnement politique. (...)

Deuxièmement, les apôtres ont certainement des intérêts personnels. Nous le voyons bien dans l’évangile, en Matthieu 18, 1. Les disciples demandent : "Qui est le plus grand dans le royaume des cieux ?" Voilà une question qui nous éclaire sur leur mentalité. (...) Qu’est-ce à dire ? Cela indique que les apôtres ont l’espoir d’être au pouvoir dans un royaume dont Jésus parle tout le temps. Même après la résurrection dont ils ont été les témoins, ils demandent : "Seigneur, est-ce que c’est maintenant que tu vas restaurer la royauté en Israël ?" (Actes 1, 6). Et cela se passe après Pâques ! Jésus évidemment ne répond pas à la question, mais il annonce la venue de l’Esprit, c’est-à-dire de l’intelligence. Enfin ! C’st lui qui leur donnera l’intelligence.

Dans cette situation-là, je m’étonne, au fond, qu’un seul ait trahi. Comment se fait-il qu’ils ne l’aient pas trahi tous ? En fait, Pierre l’a renié. Les autres l’ont abandonné. Cette logique est celle de la trahison. Et cela, pour nous comme pour eux. (...)

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Il semblerait bien que Judas se soit décidé à trahir après l’onction à Béthanie, à cause de la perte du parfum qui est pour lui un scandale. On n’a pas idée de dépenser de l’argent de cette manière-là ! On ne brise pas un flacon de parfum au milieu en un fois, on verse quelques gouttes. Saint Jean écrit cette phrase extraordinaire : "La maison tout entière fut remplie de l’odeur du parfum". Ce parfum provenait d’une femme comme un acte de générosité. Et Judas, dans son esprit petit-bourgeois qui rabaisse, était furieux. "Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trente-trois deniers pour les donner aux pauvres ?"

Il a décidé de trahir à ce moment-là probablement à cause de l’allusion à la mort de Jésus. En effet Jésus dit : "Elle devait garder ce parfum pour ma sépulture ; car vous ne m’aurez pas toujours". Judas se dit : S’il est vrai qu’il doit mourir, eh bien, ce n’est pas lui qui délivrera Israël de la domination romaine et je ne serai jamais ministre des Finances. Rien à tirer de cet homme-là ! Eh bien, puisque je me suis trompé, puisque je me suis attaché à lui, pensant qu’il allait suivre la grande route, alors qu’il m’a mené par des chemins déroutants - il m’a tellement dérouté, maintenant c’est fini. Je n’ai plus qu’à tirer un profit financier, trente sicles d’argent - c’est le prix d’un esclave selon le livre de l’Exode (21, 32). Toujours le repli sur l’intérêt personnel.

Au fond, Judas livre Jésus pour l’acculer à un miracle spectaculaire. Imaginez Judas avec les pharisiens et leur disant : "Je le connais bien. Voilà trois ans que je le suis. Il est capable de choses formidables. Je l’ai vu remettre un boiteux sur ses pieds, je l’ai vu rendre la vue à des aveugles. Il peut s’il veut. Il faut l’acculer. On va le coincer. Une fois coincé, vous verrez, il s’en tirera" (François Varillon, Vivre le Christianisme).

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[mis à jour le 09.04.09]

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Norbert

En 1126, Norbert est nommé archevêque de Magdebourg et archichancelier de l’empire. (lire sa vie)

 

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