Il est temps de terminer notre méditation par les deux derniers tableaux qui constituent le polyptyque et qui tous les deux abordent la Résurrection de Jésus. Le premier le fait sous l’angle du Vivant qui sort du tombeau. Le second nous montre l’ange qui annonce l’évènement aux femmes venues pour embaumer le corps.
Attardons-nous au premier tableau. Jésus enjambe le tombeau ouvert, ses mains présentent les plaies. Jésus après la résurrection, comme l’affirment les évangiles, porte toujours la marque de ses plaies. Elles ne sont pas une accusation : "Tu as vu ce que tu m’as fait !", mais le signe de son amour pour nous : "Regarde combien je t’aime, vois jusqu’où je t’ai aimé !". "Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout" (Jean 13, 1). Avec la résurrection, c’est l’humanité qui est plongé au cœur de Dieu. Romano Guardini écrit : "Le christianisme seul a osé placer le corps dans les profondeurs les plus cachées de Dieu".
Son visage n’apparaît pas complètement dans le chapeau qui surplombe le tableau. Seule la bouche semble être mise en évidence. C’est le régime sous lequel nous vivons aujourd’hui la foi. Nous marchons à la suite de quelqu’un que nous ne voyons pas, dont la présence reste cachée et se révèle curieusement dans l’absence. Une présence qui se révèle dans les sacrements de l’Eglise et par l’Ecriture Sainte. Une présence qui se révèle aussi dans les plaies de nos frères, leur souffrance, leur détresse, leur pauvreté, leur vulnérabilité.
Une présence qui se révèle à travers nous aussi : en Eglise nous sommes le visage de Dieu pour nos frères humains. Que sont les cathédrales à côté d’un visage qui laisse transparaître la lumière du visage de Dieu et qui est le témoin auprès d’autrui de la tendresse infinie de Dieu, celle qui épanouit et transfigure ?
L’ange annonce aux femmes la Résurrection. Il a un côté terrifiant, accentué par sa couleur bleue. Ses ailes sont découpées comme les pièces d’un puzzle. Comme si la réalité du ciel s’emboitait dans notre monde. Les femmes sont apeurées. Elles n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles. L’ange est assis à l’emplacement où était posé le corps, à l’intérieur du tombeau. Les femmes sont à l’extérieur. La pierre a été roulée. Il leur dit : "Pourquoi chercher parmi les morts celui qui est vivant ?" C’est un nouveau matin qui se lève, un printemps qui surgit.
Seigneur Jésus-Christ ressuscité,
tu as brisé le pouvoir de la mort.
Tu es ressuscité et à présent,
tu es auprès de moi.
Par la force de ta résurrection,
donne-moi le courage
de sortir, moi aussi, du tombeau
de l’apitoiement sur moi-même,
de la peur, de l’obscurité et de la dépression.
Parfois, je préférerais rester dans ce tombeau,
même s’il y fait sombre et froid.
Cela me semble plus simple
que d’affronter la vie
et d’en subir les blessures.
Cependant, lorsque je dirige
mon regard vers toi,
j’éprouve le désir de me lever,
de secouer mes chaînes,
qui me tiennent prisonnier.
Envoie-moi l’ange de la Résurrection,
pour qu’il roule aussi la pierre
qui ferme le tombeau,
parce qu’elle me bloque, m’empêche de vivre
et de sortir de moi-même.
Anselm Grün
[mis à jour le 13.12.10]
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