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À propos de l’actualité ecclésiale récente, le P. Paul nous partage les convictions d’un penseur allemand contemporain qu’il apprécie.
Un entretien avec le philosophe Robert Spaemann concernant les discussions sur les traditionalistes.
Par Regina Einig
Traduit de l’allemand par le P. Paul et le Fr. Marc
Ces derniers jours, le pontificat du Saint-Père est régulièrement décrit comme rétrograde, tourné vers les options du passé. Cela vous gêne-t-il ?
Cela ne me gêne pas tellement, car ceux qui disent cela ne savent pas au fond de quoi ils parlent. Le pape ne fait rien d’autre qu’enseigner ce qu’il a toujours enseigné au cours des dernières décennies. Dans les années précédentes, il a traversé aussi des changements mineurs, mais pas fondamentaux. Que faut-il entendre par rétrograde ? Ce ne sont que des mots. Il est clair que le pape doit continuer de se baser sur la Tradition, sinon il n’y a pas de progrès dans l’Église. Benoît XVI insiste toujours sur la continuité. Il ne veut pas non plus que le concile Vatican II soit compris comme une rupture — comme s’il y avait une Église préconciliaire et une Église postconciliaire. Aujourd’hui, je suis assez vieux pour me rendre compte que la plupart des jugements sur l’Église dite préconciliaire reposent sur l’ignorance. Prenons par exemple la participation active des fidèles au cours de la messe, dans la liturgie que Pie X avait promulguée : je dois reconnaître que là où la messe est célébrée selon l’ancien rite, la « participatio actuosa » est plus importante que dans les églises paroissiales ordinaires. Dans l’ensemble, nous sommes tous rétrogrades au sens où c’est l’enseignement d’un Homme ayant vécu il y a 2000 ans, Jésus Christ, qui nous oriente.
Les négationnistes n’auraient pas de place dans l’Église, dit-on en pensant à Mgr Williamson. Partagez-vous cet avis ?
Tout dépend comment on comprend les choses. L’appartenance à l’Église ne peut pas être liée au fait que la personne concernée répand des erreurs sur n’importe quel événement mondial, aussi important soit-il. Si l’on interprète la phrase de façon conciliante, on pourrait dire : le négationnisme n’a pas sa place dans l’Église catholique. Il est inadmissible que quelqu’un proclame cela en chaire quasiment comme un enseignement de l’Église.
Immédiatement après la levée de l’excommunication, plusieurs supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X ont déclaré qu’au cours des prochains entretiens, le concile en tant que tel serait mis à l’examen. À présent, la crainte d’une victoire à la Pyrrhus se répand parmi les fidèles. À quel prix faut-il chercher l’unité ?
Si on pose la question de la légitimité et de la validité du concile Vatican II pour l’Église catholique, on ne peut que dire ceci : non, nous n’entrons pas dans cette discussion. Ce qui peut être soumis à la discussion, ce sont certaines déclarations ou phrases, certains enseignements du concile. Personne ne peut sérieusement mettre en doute le bien-fondé de telles discussions à l’avenir. Pensons à la déclaration « Gaudium et spes ». Elle a été élaborée dans les années ’60, une période où l’on mettait de grandes utopies et de grands espoirs dans la technique et dans la vertu libératrice de la science moderne. Ces espoirs se sont vite effondrés, non pas dans l’Église mais dans l’ensemble de la société. Quand aujourd’hui vous demandez aux jeunes s’ils croient que leurs enfants auront un meilleur avenir qu’eux, la réponse est presque toujours non. Le phénomène est nouveau. Normalement, la jeunesse était toujours optimiste pour l’avenir. Au fond, l’esprit que dégage « Gaudium et spes » est complètement passé, contrairement au décret sur l’Église. C’est un texte merveilleux qui présente de façon remarquable l’authenticité de l’Église.
Au sein de l’Église, l’interprétation des textes conciliaires fait l’objet d’un combat ardu. Partez-vous du principe que les pourparlers avec la fraternité sacerdotale, dont il faut s’attendre à ce qu’ils aient une certaine charge émotionnelle, enveniment encore les disputes latentes ?
Je ne le crois pas. En tout cas, ces discussions sont absolument nécessaires. La Fraternité Saint-Pie X doit cesser de traiter le concile Vatican II comme un « brigandage », comme s’il n’avait pas été un concile correct et valide de l’Église catholique. D’autre part, il faut tenir compte du fait que ce concile n’a pas promulgué de dogmes. Au concile Vatican II s’applique aussi la parole de Martin Luther : « Révérend Père, les conciles aussi peuvent se tromper et se sont trompés ». Il est de notoriété que beaucoup de décisions n’ont pas été acceptées par la majorité des évêques. Le concile a décrété par exemple que le latin est la langue liturgique propre de l’Église catholique et que le grégorien est le chant de l’Église. Je ne vois vraiment pas que cette déclaration soit appliquée. Il faut donc en parler. Qu’il puisse y avoir de vives émotions au début, c’est fort possible, mais il faut accepter cela et poursuivre la discussion. Ce qu’il faut exiger de la Fraternité Saint Pie X, c’est qu’elle descende enfin de son piédestal pour entrer dans un véritable dialogue.
À quel sujet, par exemple ?
Il s’agit surtout de la Déclaration sur la liberté religieuse, qui est contestée par la Fraternité Saint-Pie X. Il y a comme de l’eau dans le gaz, car à l’occasion de cette déclaration, le concile a non seulement précisé explicitement : « Il consulte la sainte Tradition et la doctrine de l’Église, d’où il résulte toujours du neuf qui est en harmonie avec l’ancien ». Mais encore il souligne que cette déclaration « laisse intacte la Tradition de la doctrine catholique sur le devoir moral des hommes et des sociétés vis-à-vis de la vraie religion de l’unique Église du Christ ». Beaucoup prétendent que cette conformité à la doctrine traditionnelle de l’Église n’existe même pas. Les libéraux affirment : On trouve quelques phrases pieuses au début, mais le fond de la déclaration sur la liberté religieuse est une révolution et il faut reconnaître qu’on se trouve ici en présence d’une rupture avec la doctrine traditionnelle de l’Église. Il faut accepter cela. Les membres de la Fraternité disent : c’est une rupture avec la Tradition, c’est pourquoi on ne peut pas l’accepter. Il faut reprocher aux pères conciliaires de n’avoir pas pris la peine de montrer et de justifier la conformité de cette déclaration avec la doctrine traditionnelle. Par conséquent, il aurait fallu mener sur ce point un débat sérieux après le concile. En France, on trouve des publications intéressantes qui essayent de mettre en évidence cette conformité, qui recherchent une harmonisation. C’est absolument nécessaire, car les conciles ont pour principe de rester toujours conformes à la Tradition.
Non seulement les médias, mais aussi les théologiens s’ingénient à relever les contradictions entre les textes, prédications, rapports d’audiences et interviews qui ont trait à la doctrine, et ce sans discernement. L’Église ne risque-t-elle pas d’augmenter la confusion dans un public peu au fait des choses de la foi, en se laissant entraîner dans des débats émotionnels avec les traditionalistes ?
Ces discussions ne devraient surtout pas être rendues publiques. Dans le passé déjà, lorsque le cardinal Ratzinger traitait au nom du pape avec Mgr Lefebvre, il ne le faisait pas publiquement, mais le résultat final était communiqué. Dans ce cas-ci encore, c’est comme cela qu’il faudrait faire. Si elles donnent des résultats, ils doivent être communiqués, et si elles n’aboutissent pas, je suppose que la Fraternité Saint-Pie X publiera de toute façon l’intégralité par la suite.
Parmi les fidèles appartenant aux communautés d’Ecclesia Dei, les opinions divergent quant aux lefebvristes. Beaucoup les considèrent comme des dissidents qui ont abandonné leurs frères en 1988. Croyez-vous que les adeptes d’Ecclesia Dei aient la force intérieure nécessaire pour soutenir le Saint-Père dans son projet d’unité ?
Cette question concerne les vertus de charité et d’espérance. Le Saint-Père a tendu la main aux membres de la Fraternité Saint-Pie X. Cela fait déjà longtemps qu’ils ont posé deux conditions au dialogue : lever l’excommunication et redonner à l’ancienne messe une autorisation générale. Sur ces points, il a rencontré leurs attentes. Cependant, on ne peut considérer que le motu proprio sur l’ancienne messe soit une concession accordée à la Fraternité. Le pape est profondément convaincu que l’ancienne messe est un bien précieux que l’Église ne peut pas abandonner. Reste à voir si la charité qui anime le pape provoquera aussi un changement dans les cœurs. Je ne fais pas de calcul de probabilité, mais mon opinion est celle-ci : oui, cela devrait être ainsi. Je crois à la force de l’amour.
À la lecture de textes des membres de la Fraternité, on rencontre des thèses en contradiction directe avec la Tradition catholique, comme la conception selon laquelle l’excommunication aurait vraiment pu être une grâce, au sens où elle a scellé la vérité. Que faut-il penser d’un groupe qui se réserve la primauté sur l’interprétation de la Tradition ?
Évidemment, dans un certain sens tout peut être une occasion de grâce. À la parole de saint Paul « Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment », saint Augustin ajoute « même les péchés ». Un homme peut se rendre compte après coup que les péchés dans lesquels il est tombé peuvent avoir un sens providentiel dans sa vie. Si l’on comprend les choses de cette façon, c’est une affirmation à laquelle il n’y a rien à redire. Mais si on met l’excommunication en question de ce point de vue, c’est bien à la conclusion contraire que l’on arrive : alors, on ne peut pas dire que c’est une grâce, puisqu’on demande la levée de l’excommunication. C’est ce qu’on fait les évêques de la Fraternité : ils ont imploré le pape de la lever. Alors, ils ne peuvent pas dire : nous lui avons demandé d’annuler une grâce.
En France, des intellectuels étroitement liés à l’Église catholique ont protesté contre la levée de l’excommunication. En l’occurrence, on ne peut vraiment pas dire que l’hystérie médiatique ait porté des fruits. Le pape a-t-il perdu du crédit auprès des intellectuels par son geste de miséricorde envers un groupe aux confins de la droite ?
Je regrette profondément tout cela, parce qu’il y a parmi eux des collègues que j’estime très fort. À mon avis, ils font malgré tout erreur. Le pape se conduit vraiment comme le bon pasteur qui laisse les 99 brebis au bercail pour partir à la recherche de la brebis perdue. Maintenant, les gens crient, parce que d’après eux il faut s’occuper des 99 au bercail. C’est un acte de miséricorde. Les intellectuels qui en France ont protesté contre la levée de l’excommunication, ont finalement donné l’impression de ne pas savoir ce qu’est une excommunication. Les prêtres et les évêques de la Fraternité restent toujours suspendus. Ils n’exercent pas leur ministère en accord avec l’Église catholique. Le pape ne peut absolument pas refuser la levée de l’excommunication lorsque les gens l’en implorent, qu’ils lient cette demande à la confession de la foi catholique et qu’ils se soumettent à la chaire de saint Pierre. Il ne peut refuser la levée et la soumettre à d’autres conditions. Prenons l’exemple du patriarche de Constantinople. En levant l’excommunication, Paul VI a pour ainsi dire fait un premier pas en vue de la réconciliation. Un autre précédent, c’est le cas des évêques chinois de l’Église patriotique. Tous ont été automatiquement excommuniés parce qu’ils ont conféré ou reçu l’ordination sacerdotale ou épiscopale sans mission ni autorisation du pape. Là aussi, cela a créé une scission. Ces évêques non fidèles au pape lui ont demandé de lever l’excommunication et de les confirmer dans leurs fonctions. Ce que le pape a fait. Cela a été dur à avaler pour les fidèles de l’Église clandestine, qui ont fait de grands sacrifices pour rester fidèles au pape, et qui constatent maintenant que le pape agit de façon très individuelle. Le pape n’a pas exigé qu’ils quittent l’Église patriotique, bien qu’il considère cette dernière non conforme à la foi catholique.
Bien que Paul VI et le patriarche œcuménique Athenagoras aient levé en 1965 les excommunications de 1054, il n’y a toujours pas aujourd’hui de retour à l’unité ecclésiale avec l’Orthodoxie. En Chine, la levée de l’excommunication a été également un signal politique, ce qu’on ne peut pas dire dans le cas de la Fraternité sacerdotale.
Le pape est extrêmement généreux, parce qu’il veut éviter des scissions dans l’Église. La Fraternité Saint-Pie X a quatre évêques. S’ils en ordonnent d’autres, ils peuvent ériger peu à peu une contre-Église. Et Benoît XVI sent qu’il est de sa responsabilité d’éviter cela. Les schismes arrivent vite et sont difficiles à supprimer, comme le montre l’exemple des Vieux-Catholiques, qui n’ont pas voulu reconnaître le concile Vatican I.
[mis à jour le 03.04.09]
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Le buffet de l’orgue s’inspire de celui de l’orgue de Grosshartmannsdorf (1741). Il s’élève à près de 7 m pour une largeur de 4,64m et une profondeur de 2,30 m. (lire la suite)
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