Accueil > Communauté > Les textes > P. Paul
Réjouissons-nous que la Toussaint reste chez nous au moins encore une fête, une journée de congé. Même si pour beaucoup de chrétiens aussi elle est devenue le "jour des morts", où nous observons un va-et-vient inhabituel dans les cimetières. La vénération pour nos ancêtres, parents, amis défunts, etc., n’est-il pas d’une certaine façon l’accomplissement du deuxième commandement : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ? C’est pourquoi nous ne pouvons que regretter la pratique actuelle de la dispersion des cendres après l’incinération des corps. Ce qui fait qu’on ne se retrouve plus au cimetière pour se souvenir des défunts et d’y planter ou déposer une fleur par reconnaissance.
Bien sûr, l’amour du prochain se pratique d’abord dans nos relations avec ceux que nous rencontrons dans la vie de tous les jours. Et Jésus est allé si loin qu’il nous recommande même l’amour de ceux que nous n’aimons pas, voire de nos ennemis. Le pape Jean-Paul II, dont nous gardons bon souvenir, et qui était aussi philosophe, nous a aidé à découvrir en chaque homme, quel qu’il soit, un individu, une personne unique à aimer.
Pendant la deuxième guerre mondiale, sous le régime nazi, où il était obligé d’exécuter des travaux forcés dans une carrière, et puis sous le pouvoir communiste, Karol Wojtila a appris que l’homme peut garder sa dignité au milieu des chicaneries qu’il fallait endurer. En effet, écrivait-il, le temps de l’oppression peut faire germer dans l’être humain la dimension de l’homme intérieur de sorte que le rendement extérieur ne soit qu’un côté de la médaille. La dimension de la prestation objective extérieure voile la dimension subjective intérieure de l’effort accompli. La dimension subjective précède même la prestation objective extérieure et celle-ci en dépend. La valeur et la dignité du travail, le rendement et le succès, le résultat extérieur, sont fonction de la disposition intérieure, de la liberté qui opte pour le bien ou le mal.
Dans sa lettre encyclique Spe salvi, le pape Benoît XVI cite aussi plusieurs personnes réduites en esclavage ou prisonnière qui ont témoigné comment dans la souffrance extrême l’homme peut tenir bon grâce à la foi et à l’espérance qui donnent le courage d’endurer le mal, et la force d’être témoin de l’amour.
Par exemple l’Africaine Joséphine Bakhita, née vers 1869 dans le Darfour, au Soudan, enlevée à l’âge de neuf ans par des trafiquants d’esclaves, battue jusqu’au sang, gardant pour toute sa vie 144 cicatrices, vendue à un marchand italien en 1882, chez qui elle avait appris que le "Paron", le vrai "Maître" est le Dieu vivant, le Dieu de Jésus-Christ. Elle fut baptisée et confirmée le 9 janvier 1890 et entra le 8 décembre 1896 dans la Congrégation des Sœurs canossiennes. Elle mourut en 1947 et fut canonisée par le pape Jean-Paul II en mai 1992 (cf. Spe salvi n°3). Ou encore un autre exemple tiré de Spe salvi n° 32 : celui du cardinal Nguyên Van Thuan qui fut emprisonné durant treize années, dans une situation de désespoir, dont neuf ans en isolement total. L’écoute de Dieu, le fait du pouvoir lui parler, devint pour lui une force croissante d’espérance qui, après sa libération, lui a permis de devenir pour les hommes, dans le monde entier, un témoin de la grande espérance qui ne passe pas, même dans les nuits de solitude (cf. son livre Prières d’espérance).
Il y a beaucoup d’autres saints bien connus et souvent cités comme exemples, tels saint Augustin, saint François d’Assise, Ignace de Loyola ou Charles de Foucauld qui après une jeunesse mouvementée ont enfin répondu à la grâce de Dieu et se sont convertis. Ou encore sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Mère Térésa de Calcutta, etc. ! Je pense aussi à des saints qui ne figurent pas dans la longue liste des canonisés mais qui appartiennent sans doute à cette foule immense, impossible à dénombrer (…), debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main (cf. Ap 7, 9-10). Je crois y voir ma maman. Une mère pleine d’humilité et de tendresse pour son mari et pour ses enfants, et en même temps assidue au travail de la ferme. Ou je me souviens de personnes engagées dans la vie pastorale durant mon ministère sacerdotal, entre autres ma gouvernante Liesel, dont le directeur-administrateur d’une banque, mon paroissien, disait qu’elle était le "cœur d’or" du presbytère, où elle aimait accueillir les gens, petits et grands, sans distinction. Pourquoi pas sœur Emmanuelle qui vient de nous quitter ? En tout cas des personnes pareilles ont brillé comme des étoiles au cœur de l’humanité. L’homme en tant que personne jouit de la liberté, la liberté de suivre sa conscience. Selon le pape Jean-Paul II, c’est la conscience qui lui permet d’exprimer sa liberté : son pouvoir de décision. Tout dépend comment l’homme fait usage de cette liberté. La personne se distingue de l’individu parce que l’homme par sa dignité n’est pas seulement un individu mais toujours aussi une personne. Dans ce sens Jean-Paul II parle de la dignité royale propre à chaque homme, peu importe sa situation.
Tout homme est conscient qu’il est un être unique, et il attend qu’on le considère comme tel. À l’occasion, il vérifie même si on le respecte ainsi. L’homme est une personne unique dès sa conception, comme toute sa vie durant (et même après la mort). Personne n’a donc le droit de porter atteinte à son existence, qu’il soit encore embryon ou en situation de fragilité extrême.
Soyons donc des étoiles d’humanité pour devenir des saints !
P. Paul L. Nols
[mis à jour le 03.04.09]
Pour vous abonner à la lettre d’information de l’abbaye, saisissez votre e-mail ci-dessous :
Le buffet de l’orgue s’inspire de celui de l’orgue de Grosshartmannsdorf (1741). Il s’élève à près de 7 m pour une largeur de 4,64m et une profondeur de 2,30 m. (lire la suite)
Mentions légales | Plan du site | Administration | Réalisation Artégo | RSS