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Les conseils évangéliques sont précisément les trois moyens que notre profession nous invite à prendre. Dans la foi et l’amour nous percevons cette voix du Père qui nous invite à nous dévouer d’un cœur sans partage, dans le célibat, à Dieu et aux hommes, et à embrasser la pauvreté volontaire pour suivre le Christ. Puisque par les vœux nous nous engageons à suivre les trois conseils évangéliques, notre vocation et notre devoir seront de nous consacrer d’un cœur sans partage au service de Dieu et des hommes. Pour être fidèles à cette vocation, nous devons nous remettre sans cesse à la suite du Christ telle que l’Évangile nous la propose.
Par notre vœu de vivre sans biens propres et de mettre en commun tous les biens que nous possédons, nous nous mettons au service de tous ceux auxquels nous unit une même profession. Ce qui est ainsi mis en commun doit être distribué à chacun selon ses besoins.
« Voici comment nous vivons : il n’est permis à personne de posséder quelque chose en propre ; peut-être en est-il qui transgressent cette règle, mais nul n’a le droit de rien posséder en propre ; y manquer, c’est transgresser la règle. » AUGUSTIN (Sermons 355 et 356)
Dans une société qui se transforme rapidement et totalement en un grand marché, un tel engagement peut ouvrir un espace de gratuité ouvert sur d’autres réalités et rappeler la nécessité d’une « destination universelle de biens ».
Ce que nous possédons en commun est mis également à la portée des pauvres. L’Esprit du Christ nous pousse à être solidaires des personnes en proie à la misère et à la faim. Suivant l’esprit de saint Norbert, notre amour du prochain se manifeste principalement dans l’hospitalité et l’accueil des pauvres.
La pauvreté choisie volontairement à cause de l’Évangile, et l’esprit de service se manifestent également dans le style de vie, les services rendus à la société civile, ainsi que par une administration prudente des biens communs. Mais la vie vraiment commune ne se borne pas à la mise en commun des seuls biens matériels, comme le faisait déjà remarquer le Prémontré Adam Scot au XIIIe siècle ,"tu t’es donné et offert à l’Église de Dieu en tout ce que tu es, en tout ce que tu sais, en tout ce que tu peux".
De cette façon, nous voulons témoigner comme le Christ, que tout ce que l’homme a, et, bien plus, que tout ce qu’il est lui a été donné pour le mettre au service des autres, pour atteindre le bonheur qui leur est destiné. Ainsi nous cherchons à montrer qu’il faut estimer davantage le Royaume de Dieu, déjà inauguré dans le Christ, que toutes les choses créées.
Un des traits de notre vocation consiste à manifester la présence, déjà en ce monde, des biens du Royaume de Dieu et la possibilité effective de poursuivre en commun notre projet de vie. C’est dans ce but que nous embrassons le célibat qui nous permet de nous donner totalement à Dieu et aux autres. Par l’amour fraternel et l’amitié que nous nous témoignons dans la vie commune, et aussi par notre sollicitude envers les hommes, notre célibat peut acquérir ce visage humain qui lui permettra de manifester l’amour de Dieu envers les hommes et de réaliser notre bonheur humain.
Le vœu de chasteté touche à des données centrales de notre humanité : corporéité, sexualité, relations affectives. On ne peut l’assumer positivement qu’en l’ordonnant à la charité. Ascétisme nécessaire pour découvrir les richesses caché de notre être. Intégrité du cœur dans laquelle il faut grandir. Notre chasteté est féconde lorsqu’elle crée des relations d’amour marquée par l’égalité fraternelle.
Nos communautés cherchent à être un milieu où chacun des frères peut vivre dans l’épanouissement et travailler à parfaire sa personnalité. Nous n’oublions pourtant pas que la vie dans le célibat consacré inclut nécessairement la croix et les épreuves, la mortification et la garde du coeur.
Ce n’est pas nous qui allons vers Dieu, c’est lui qui en Jésus-Christ, vient à nous. Il nous revient de même de nous incarner avec nos passions nos blessures, nos appétits. Chacun des frères se donne à la communauté comme une personne dont l’histoire est façonnée par des blessures autant que par l’amour reçu et donné mais aussi par les blessures de l’amour refusé ou repris. Grandir dans l’amour du Christ qui se donne sans rémission prend beaucoup de temps, le temps de toute une vie reçue au rythme d’un Dieu patient. Ni ange ni bête, le désir de l’homme ne lui est pas transparent au point de lui faire connaître parfaitement ce qui lui tient vraiment à cœur. .
L’amitié nous invite pourtant à regarder l’autre sans chercher à le posséder. Le désir doit donc être guéri et apprendre à considérer les autres et le monde sans les dévorer. Il ne s’agit nullement de tuer la passion pour devenir des « vieux garçons rabougris » mais de nous ouvrir à des désirs plus profonds, de nous ouvrir aux bontés illimitées de Dieu. Notre désir doit mourir à la violence pour devenir sacrement d’une présence, d’une vie donnée qui révèle la tendresse de Dieu.
Notre communauté dans laquelle "on obéit au supérieur comme à un père" (Règle) s’insère dans le mystère de l’obéissance du Christ : Sa nourriture, disait-il, consiste à accomplir la volonté de son Père, "afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés" (Jn 11,52). Il revient par conséquent à tous et à chacun, dociles à l’Esprit du Christ, de rechercher la volonté du Père et de mettre par l’obéissance notre propre volonté au service de Dieu et des frères afin que dans la communauté croisse l’unité pour laquelle le Christ lui-même s’est livré. A la lumière de la parole de Dieu et du magistère de l’Église, la volonté divine se manifeste à nous par les motions intérieures de la grâce et par le discernement des esprits, mais aussi par le dialogue, les exigences de la vie commune, les directives des supérieurs, les exemples des frères, les obligations liées à nos travaux et enfin par les signes des temps et les événements de notre propre vie.
Le vœu d’obéissance pourra apparaître comme un scandale en une époque qui a fait une valeur suprême de la liberté individuelle
Le mot obéissance vient de obaudire, écouter. L’obéissance n’est pas soumission, mais écoute. Du supérieur, certes, mais aussi du Frère, de chaque frère qui dans la communauté est à sa place une voix de Dieu. Un lieu majeur de l’obéissance est le chapitre de communauté qui suppose une ouverture d’esprit et une écoute qui permette de tendre vers l’unanimité de tous, mais aussi vers la responsabilité de chacun qui est capacité de répondre à ce qui a été écouté. L’obéissance est un acte eucharistique d’une folle liberté : « ceci est mon corps, c’est ma vie, je vous la donne ». Ce don est honoré dans les sacrifices demandés aux frères, lorsqu’il leur faut abandonner une tâche aimée ou épanouissante pour une autre, peut-être plus ingrate ou encore lorsqu’une communauté doit abandonner l’ancien, même si il a encore une signification, pour une nouveauté dont la fécondité reste à vérifier. Les religieux sont des gens sans projets de carrière. C’est une forme de liberté.
Les frères peuvent exprimer librement à leurs supérieurs leurs désirs et leurs difficultés, leurs aptitudes et leurs limites. Dans les affaires concernant l’ensemble de la communauté, les frères donnent leur avis aux supérieurs et aux autres membres, spécialement au cours des chapitres de communauté. Mais, dans la plupart des cas, l’autorité nécessaire pour déterminer et ordonner ce qu’il faut faire reste en dernier lieu du ressort des supérieurs. L’obéissance permet de prendre une part active dans l’accomplissement de la mission de la communauté.
Exerçant le service de l’autorité, les supérieurs ont à écouter avec attention et bienveillance les religieux. Il leur revient de pourvoir à leurs besoins de manière à faire régner la confiance mutuelle qui est si importante pour réaliser une véritable communauté. Ils ont également à stimuler le génie créateur de chacun et à rechercher avec tous, collégialement, les moyens efficaces pour mener à bonne fin les objectifs que s’est fixée la communauté.
[mis à jour le 03.11.05]
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Le 6 juin 1134, épuisé, Norbert meurt à Magdebourg. En 1625, son corps est transféré à l’abbaye de Strahov, sur les hauteurs de Prague, où il est depuis vénéré et veillé par ses fils spirituels. (lire sa vie)
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