Accueil > Communauté > Les textes > P. Paul
Quelques années après la fin du concile Vatican II, clôturé en 1965 et dont le pape Jean XXIII escomptait un nouveau printemps, le monde occidental, du moins, vécut des années révolutionnaires, d’abord en Allemagne dès 1967, puis surtout en France, en 1968, qui ont bouleversé les mondes politique, social, et culturel.
Les insurrections estudiantines éclatèrent à Berlin-Ouest en juin 1967, suite à l’assassinat d’un étudiant par un agent de la police secrète de Berlin-Est. Ce qui nous toucha sans doute beaucoup plus, ce furent les manifestations des étudiants et des intellectuels face à la Sorbonne. Ces événements, appelés en France Mai 68, sonnèrent le glas de l’ère de prospérité des "trente glorieuses années". La crise universitaire se mua en crise politique et sociale. Ces agitations marquèrent les générations ascendantes du dernier quart du 20e siècle.
Ce fut à ce moment que nous observions à Rome non pas une contre-révolution mais un groupement d’étudiants qui à l’instigation du jeune Andrea Riccardi, né en 1950 à Rome, fonda en 1968 la Communauté de Sant’Egidio, qui tient son nom de l’ancien Carmel romain dans lequel elle s’était installée. Cette organisation fut reconnue officiellement comme "Association internationale de laïques" par l’Église catholique en 1986. Elle est très active aussi bien sur le plan social (lutte contre la pauvreté, actions contre la peine de mort, éducation…) que sur le plan diplomatique. En Belgique vivent deux communautés de Sant’Egidio, à Liège et à Anvers.
Depuis 1981, Andrea Riccardi est professeur d’histoire du christianisme et des religions à l’université de Rome. En plus d’un engagement au service des pauvres, il œuvre avec la Communauté Sant’Egidio dans le dialogue interreligieux et pour la paix. Malheureusement, il y a un bémol : son organisme fut blâmé, notamment par plusieurs évêques d’Algérie, pour l’échec de la mission de paix en Algérie où les "amis de Sant’Egidio" furent impliqués, par inadvertance sans doute, dans des attentats meurtriers.
Andrea Riccardi reçut le Prix Notre-Dame aux États-Unis en 2001 et le Prix Niwano de la paix au Japon en 2004 pour son engagement en faveur de la paix. Dernièrement, le jeudi 21 mai 2009, Jour de l’Ascension, il reçut le Prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle, en Allemagne.
Depuis 1949, ce prix est accordé chaque année, le jour de la fête de l’Ascension du Seigneur, à des œuvres ou des personnes qui se sont distinguées comme artisans de paix par une collaboration extraordinaire au niveau international de l’Europe.
En la personne du professeur Andrea Riccardi, le Prix Charlemagne honore un grand Européen qui s’est engagé avec passion dans des œuvres de charité ainsi qu’en faveur d’une bonne entente entre les nations qui dépasse les frontières nationales ou confessionnelles.
Lors de la séance académique, le bourgmestre Jürgen Linden d’Aix-la-Chapelle souligna dans son allocution que la crise financière mondiale montre précisément que nous ne pouvons pas coexister à la longue sans observer les principes éthiques basés sur l’ordre social et humain. "On peut se demander, dit-il, comment le monde a pu observer les abus à l’origine de la grave crise actuelle sans réagir, voire y contribuer".
Les Africains, par exemple, souffrent plus de la crise financière que le monde capitaliste. Au lieu de leur procurer des vivres et des médicaments, les pays industrialisés s’enrichissent même en leur procurant des armes pour s’entretuer. Ce continent si riche et béni en matières premières : cacao, café, bananes, cuivre, fer, pétrole, uranium, cobalt, or et argent… est en même temps si pauvre, parce que les richesses sont mal gérées, ou exploitées par des puissants et des riches au détriment de la population autochtone.
On est loin de la vision du prophète Isaïe, selon laquelle les épées deviennent des socs de charrues, et les lances des faucilles. En ce temps-là, les nations ne lèveront plus l’épée l’une contre l’autre et l’on ne s’exercera plus à la guerre (cf. Is 2,4).
Que dire encore du monde des sports : les footballeurs en tête, les pilotes de F1, les joueurs et joueuses de tennis, les coureurs cyclistes ? Des montants indécents que touchent certaines "stars" sont révélés . Le sport n’est-il pas devenu un "jeu de sous" ? Réjouissons-nous malgré tout que la plupart des disciplines sportives restent heureusement un divertissement honnête et sain pour le plus grand nombre des citoyens. Mais cela fait néanmoins mal, lorsque l’on pense à ce que certains champions encaissent comme argent aux dépens des supporters, au point même de mettre des clubs en difficulté. Le montant dévoilé des salaires apparaît comme un décalage moral total. Il est temps de revenir à un sport éthique, image d’un "fair-play" financier.
En ces temps présents où le monde entier, après une débâcle des marchés financiers, aspire à reprendre haleine, les gens ont besoin de visionnaires comme Andrea Riccardi. Celui-ci, en communion avec la Communauté Sant’Egidio, a promulgué la bonne nouvelle d’espérance. Ils incitent tout le monde à ouvrir largement le cœur tout en fixant le regard vers le ciel, stimulant et encourageant le monde politique et économique à se dévouer davantage pour un partage universel équitable.
[mis à jour le 22.06.09]
Pour vous abonner à la lettre d’information de l’abbaye, saisissez votre e-mail ci-dessous :
Le buffet de l’orgue s’inspire de celui de l’orgue de Grosshartmannsdorf (1741). Il s’élève à près de 7 m pour une largeur de 4,64m et une profondeur de 2,30 m. (lire la suite)
Mentions légales | Plan du site | Administration | Réalisation Artégo | RSS