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Ce fut le sujet d’un long sermon prononcé par le jeune curé anglican de St Mary the Virgin à Oxford le 27 juillet 1828, à l’âge de 27 ans, dans une église bondée de paroissiens de tous âges. En ce temps-là, dirions-nous, c’était encore possible, quoiqu’il faut le reconnaître, John Henry Newman était déjà à cet âge-là un prédicateur recherché qui jouissait d’une grande renommée.
Comme nous le savons, sa théologie et sa spiritualité ont eu un grand impact sur le théologien Joseph Ratzinger, notre pape Benoît XVI. Celui-ci a été tellement marqué par le savoir et l’exemple de vie de John Henry Newman qu’il n a pas hésité à nous le présenter lors de la béatification, le 19 septembre 2010, comme modèle de vie et de sainteté.
John Henry Newman, cet homme de Dieu, avait en même temps un vrai sens de l’humanité. Avec délicatesse il savait aborder les sujets les plus délicats et il réussissait à toucher les coeurs sans les blesser.
Pour développer le sujet de ce sermon, il s’était inspiré des paroles du prophète Isaïe où nous lisons : "Il est sans attrait ni éclat et quand nous le verrons il n’aura point de beauté qui nous le rende aimable"(cf. Is 53,2). D’après le contexte de cette parole prophétique, il s’agit du "Serviteur souffrant" qui n’est personne d’autre que le Christ.
À première vue, tout est déjà dit. En principe, nous préférons une personne qui nous plaît, qui nous enchante et nous attire. Alors que la figure du Christ, ce Jésus souffrant, ne nous attire pas d’emblée.
John Henry Newman applique ce texte à l’Église, ou plus précisément à la liturgie, aux offices des paroisses. Il passe en revue les différents paroissiens qui donnent forme à la vie paroissiale : les enfants, les jeunes gens, les adultes, les hommes d’affaire, etc. Et il montre que pour la plupart d’entre eux, la religion est vraiment un fardeau.
Même en ce qui concerne les enfants, qui de prime abord montrent apparemment un vif intérêt, vu que la grâce de Dieu est plus proche d’eux et qu’ils n’ont pas encore appris à lui résister. Mais bientôt aussi la religion devient un fardeau pour eux. "Ils rechignent à accomplir leurs devoirs religieux, à dire leurs prières, à se rendre au catéchisme. Ils préfèrent de loin leurs jeux et leurs divertissements à la pratique religieuse. Bref, il existe par nature une étrange dissonance entre ce qui plaît aux enfants et ce qui plaît à Dieu. "
La religion est encore un fardeau pour les adolescents et les jeunes gens qui entrent dans la vie. Les droits de la religion au sens large et vague leur paraîtront pesants, froids, au mieux sans intérêt ni attrait.
Je me souviens bien, lorsque j’avais quatorze - quinze ans, le fait de prati-quer, d’aller à la messe me répugnait. Mais mon père, un fidèle pratiquant, nous entraînait à le suivre. Je me plaignais auprès de ma mère. Elle me répondait : "Pour faire plaisir à ton père et pour avoir la paix dans la maison, vas-y quand même !" Donc je ne pratiquais pas par amour pour Dieu, mais pour faire soi-disant plaisir à mes parents. Plus tard je me suis rappelé ce que j’avais appris au catéchisme : "Honore ton père et ta mère comme te le commande le Seigneur ton Dieu, afin d’avoir longue vie et bonheur sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donne" (Dt 5,16). Donc indirectement, en obéissant à mes parents, j’ai rendu hommage à Dieu.
Ce qui n’empêche pas que pour "les jeunes gens en général, la religion est synonyme de tristesse et de lassitude tandis que les activités diverses que leur offre le monde les enthousiasment. L’attrait que la religion peut exercer est faible, comparé à celui que peuvent offrir les plaisirs et les événements du monde."
C’est encore si vrai de nos jours, qu’un curé, après une longue et une intense préparation des jeunes à la confirmation, congédia à la fin de la célébration du sacrement ces adolescents par cette salutation nostalgique : "Au revoir, chers jeunes gens, je ne vous verrai plus ici à l’église !"
"Les jeunes débordent d’idées et de sentiments sur tout ce qui se passe autour d’eux. Puisque la religion n’entre pas dans leur façon de juger les choses et les gens, elle ne les influence guère. Ils aiment passer des heures en compagnie de ceux auprès de qui il ne convient pas de prononcer le mot de religion."
En matière de religion, beaucoup ont une répugnance naturelle envers ce que Dieu nous dit être notre souverain bien. Il suffit de penser aux adultes en général ou aux hommes d’affaire. D’après le jeune Newman : "Transactions d’affaires, spéculations commerciales, espoirs ambitieux, savantes recherches, grands événements du moment, tout cela nous va droit au coeur, nous stimule, nous influence. La religion, au contraire, est faible et sans pouvoir ; elle n’a pas la magie qui enflamme le coeur humain, le fait palpiter d’inquiétude, suscite activité et persévérance."
Ce que Newman prêchait en 1828 reste vrai aujourd’hui, un siècle et demi plus tard. Et je dirais même que le monde n’a pas nécessairement beaucoup changé depuis. Beaucoup de gens considèrent toujours l’amour de la religion comme contraire à la nature et à la condition première de l’esprit humain. Peut-être que le monde est actuellement encore plus farouchement opposé à la religion d’autrefois, et s’en prend surtout au Christ, "Serviteur souffrant", point du départ de son sermon.
En chrétien convaincu, Newman ne pouvait pas se contenter de prêcher que la religion est un fardeau. D’où dans son exhortation finale, il encourage son audi¬toire à se ressaisir et à penser au sérieux de la vie. Il cite l’évangile de saint Jean où nous lisons : "La lumière est venue dans le monde et les hommes préfèrent les ténèbres à la lumière (Cf. Jn1,5). Le Christ qui nous a promis la richesse débordante de sa grâce en ce monde et dans l’autre, est une lu¬mière qui brille dans les ténèbres. D’un point de vue concret, conclut Newman : à quoi l’âme se plaira-t-elle dans l’autre vie ? Aux mêmes objets qu’ici bas ? Ce n’est pas possible. L’Écriture nous dit : le monde disparaît, que reste-t il alors à aimer et à savourer tout au long de l’éternité. La conclusion est qu’il nous faut changer."
Vouloir ignorer Dieu à tout prix et vivre sans la religion qui peut être par moment un fardeau n’a pas de sens pour l’homme qui est créé par Dieu pour l’éternité.
Aimons donc Dieu comme il nous aime, et notre prochain, en nous enrichissant les uns les autres pour notre bien commun.
[mis à jour le 09.02.11]
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