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Les pays qui ont été évangélisés, et où la population en général a une notion ne fut-ce que rudimentaire de Noël, savent que la crèche a un rapport avec la fête de la Nativité de Jésus-Christ. En effet, d’après ce qui est écrit dans la Bible, Jésus est né dans une étable à Bethléem puisqu’il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph à l’hôtellerie (Lc, 2,7).
Il paraît que c’est saint François d’Assise (1182-1226) qui est à l’origine du culte de la crèche. Pour lui ce n’était évidemment pas un objet de folklore ou d’amusement, mais vraiment un moyen pour illustrer les scènes de la naissance de Jésus à Bethléem, comme saint Luc surtout le décrit dans son évangile. Ainsi la crèche est une aide pour revivre en esprit l’événement de l’Incarnation, et pour adorer en vérité le Verbe de Dieu, comme saint Jean en parle au début de son évangile.
C’est cela ce que la crèche devrait être pour les croyants, et heureusement il y a encore aujourd’hui des fidèles pour qui la crèche est une illustration permettant de vivre plus consciemment ce grand mystère de la Nativité du Fils de Dieu qui s’est fait homme pour nous libérer du péché et de la mort définitive. Mais indépendamment de la foi en Dieu, la crèche est devenue pour beaucoup un objet de luxe, de folklore que les gens aiment exposer comme décoration en ce temps de Noël. Il s’y mêle de l’exagération quant aux détails, lorsqu’on augmente au plaisir quantité de figures, y ajoutant même des animaux, au point que le personnage essentiel, l’Enfant-Jésus, est pour ainsi dire éclipsé par cet entourage. C’est à cela que saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus, fit allusion, sans parler nécessairement des crèches*.
La circonstance peu glorieuse de la Nativité du Verbe de Dieu, dans une étable incita Ignace à changer l’ordre du récit évangélique selon saint Luc (Lc 2,6-18). Alors que l’armée céleste chantait gloire et louange dans le paysage nocturne des bergers, comme saint Luc le raconte, Ignace localise le chant des anges lors de la naissance de l’Enfant-Jésus à l’étable dans la crèche, pour y rendre gloire à l’Envoyé du Père, le Verbe de Dieu.
De ce fait, l’ensemble du récit des mystères de l’Incarnation est traversé par une sorte d’évolution qui met l’accent sur la "terre sainte" de la crèche proprement dite. En rendant ainsi hommage à l’Enfant-Jésus, saint Ignace ne veut pas mettre en doute l’authenticité de l’évangile de saint Luc.
Dans le chœur de notre église abbatiale se trouve le triptyque de la Nativité du Christ du peintre Hugo van der Goes (1440-1482), copie faite par le peintre Meertz (19e siècle). Le panneau central de cette peinture illustre bien l’idée que saint Ignace s’était faite en ce qui concerne l’Incarnation de notre Seigneur Jésus. L’adoration et la louange sont centrées sur l’Enfant nouveau-né posé dans l’étable, la crèche. Contraste saisissant avec la beauté et la richesse des différentes étoffes chatoyantes habillant les divers personnages de la scène, l’Enfant-Dieu, le nouveau-né, est posé en sa nudité à même le sol.
Dans sa sensibilité notre Père Abbé, dans un sermon de Noël, trouvait qu’on aurait dû au moins couvrir le pauvre petit d’une couverture. Mais non ! L’Enfant-Dieu, conçu par l’Esprit Saint, né de la Vierge Marie à Bethléem de Juda (cf. Mi 5,1), ainsi dépouillé, sans même un peu de paille en guise de couche, souligne surtout la réalité de l’Incarnation, en qui Dieu lui-même s’est offert dans la misère de l’histoire humaine. En effet, la Nativité marque le début du chemin de croix du Christ, notre Seigneur et Sauveur crucifié et ressuscité. La lumière qui rayonne autour de l’Enfant éclaire toute la crèche ; c’est la Lumière qui se révèle aux nations.
Bref, ce panneau central du triptyque du peintre Hugo van der Goes illustre admirablement bien la pensée que saint Ignace développait quelques dizaines d’années plus tard, lorsqu’il nous décrivait sa vision en ce qui concerne l’hommage dû à l’Enfant-Jésus qui gisait dans la crèche.
Ce n’est pas mon intention de faire maintenant une description détaillée du triptyque. En passant, je me contente de vous situer sur le panneau central à gauche la Vierge Marie, Mère de l’Enfant, drapée dans une robe d’un bleu profond, et à côté d’elle, caché au pied d’un pilier, saint Joseph, vêtu de rouge, couleur royale faisant allusion à la dynastie royale, comme descendant de la Maison de David. Remarquez son sabot posé à côté de lui. Ce geste nous renvoie à Moïse devant le buisson ardent, lorsque le Seigneur Dieu l’appela du milieu du buisson : "Moïse, Moïse ! N’approche pas d’ici. Ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu que tu foules est une terre sainte"(Exode 3,4-5).
Comme saint Ignace le voyait et l’entendait, à l’étable dans la crèche, en cette "terre sainte" où Jésus, le Fils de Dieu vient de naître, nous unissons notre voix à celle de la douzaine d’anges présents et ensemble nous chantons et proclamons : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime !" Oui tout petit, plein de reconnaissance, inclinons-nous devant ce grand mystère de l’Incarnation du Verbe de Dieu : la Vie, la Lumière des hommes. - C’est Noël !
[mis à jour le 20.12.11]
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