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Il y a quelques semaines je fis connaissance de saint Jean Climaque et de son ouvrage renommé "l’Échelle sainte". Climacus ou en français "Climaque" veut dire "l’échelle". L’auteur du livre y décrit, pour les moines, les différents degrés de l’ascension spirituelle qui, partant du renoncement au monde, mène à notre fin terrestre, le commencement de la Vie nouvelle. À propos de ce livre il existe quelques très belles icônes du monastère Ste-Catherine, datées des XIIe et XIIIe siècles, elles illustrent magnifiquement son ouvrage.
Qui est ce saint Jean Climaque ? Il est né en Syrie autour de 575 et il devient, à 16 ans, moine du monastère Sainte-Catherine sur le mont Sinaï, où il meurt le 30 mars 606, d’où sa fête le 30 mars dans le calendrier des saints.
La contemplation de l’icône de l’Échelle de la divine ascension pourrait être, en ce carême, une belle méditation sur notre montée vers Pâques. D’après le livre de saint Jean Climaque, l’ascension est marquée par trois grandes étapes.
Contemplons, tout en l’interprétant librement, l’icône elle-même.
Lorsque je l’ai vue pour la première fois, elle m’a rappelé "l’Échelle de Jacob" dans la Bible, où il est raconté que Jacob vit en songe une échelle plantée en terre dont le sommet atteignait le ciel, des anges de Dieu y montaient et descendaient (cf. Gn 28,12). Mais ici ce sont des humains qui montent et qui essayent d’arriver au sommet. Permettez-moi d’inscrire sur les différents échelons de l’échelle les recommandations pour ne pas trébucher en montant, c’est-à-dire la pratique des vertus.
Regardons maintenant de plus près l’icône. Tout au-dessus du mont Sinaï nous remarquons un tombeau, deux anges, l’un à la tête, l’autre aux pieds. Ce n’est pas un tombeau vide. Donc ce n’est pas le Christ. Cela ne peut-être que saint Jean Climaque paré d’une auréole. Un peu en-dessous nous voyons l’image de la Vierge du Signe, c’est-à-dire la Mère de Dieu portant l’Enfant Jésus dans son sein. En ce temps de Carême, cela me rappelle que Jésus sur la croix nous a confiés à sa Mère (cf. Jn 19, 25-27).
À gauche du médaillon n’est-ce pas l’ermitage de saint Jean Climaque qui, paraît-il, avait vécu une vingtaine d’années comme ermite ? Nous voyons ensuite des moines qui descendent la montagne pour rejoindre le groupe qui se prépare pour la montée, tout en priant pour les frères qui grimpent.
Arrêtons-nous un moment, avec humour tout en gardant le sérieux requis, au scénario à droite de l’échelle. Notons d’abord que pour certains aujourd’hui ce n’est pas une vraie icône parce qu’elle représente le diable. Mais ce n’est pas le diable, je dirais plutôt ce sont d’astucieux diablotins qui s’ingénient à faire chuter les saints qui sont en train de monter.
Et puis, les moines du XIIe siècle connaissaient quand même les règles de l’iconographie.
Il s’agit bien sûr de tentations qui sont autant d’épreuves pour nous donner l’occasion de faire preuve de notre "sainteté". Le concile Vatican II décrit cela très bien dans le passage suivant tiré de la Constitution "L’Église dans le monde de ce temps" :
"C’est en l’homme lui-même, en effet, que de nombreux éléments se combattent. D’une part, comme créature il fait l’expérience de ses multiples limites ; d’autre part, il se sent illimité dans ses désirs et appelé à une vie supérieure. Sollicité par tant d’appels, il est sans cesse contraint de choisir entre eux et d’en abandonner quelques-uns. En outre, faible et pécheur, il n’accomplit point ce qu’il voudrait. C’est donc en lui-même qu’il souffre division, et c’est de là que naissent aux sein de la société des discordes si nombreuses et si profondes."
Au fond à droite, on dirait un groupe de moines qui viennent de quitter leur monastère et qui sont empêchés par le serpent de s’approcher, pour le moment, de l’échelle. Le premier tient en main un rouleau portant une prière ou l’Écriture Sainte, par laquelle ils espèrent chasser l’animal. Enfin, au sommet de l’échelle, le Christ ressuscité tient en main le texte de l’Écriture Sainte en accueillant les saints qui ont accompli les Paroles : "Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même" (cf. Lc 10,25-28) ou encore : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage mon Royaume. ... Ce que vous avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait" (cf. Mt 25, 31-46).
Terminons notre contemplation de l’icône par une citation célèbre du livre de saint Jean Climaque :
"Oublier les offenses est un signe de sincère repentance. Si vous en gardez mémoire, vous pouvez croire que vous vous êtes repentis mais vous ressemblez à quelqu’un qui se fatigue dans son sommeil".
Père Paul L. Nols
[mis à jour le 03.04.09]
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