L'Ordre de Prémontré aujourd'hui

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Tradition et héritage

L’Ordre de Prémontré est un Ordre relativement petit, même s’il représente la plus grande branche parmi les chanoines réguliers. Depuis des années, les chiffres diminuent lentement ce qui n’est évidemment pas seulement notre cas.

D’après le dernier recensement, nous comptons actuellement 1.383 frères, y compris les aspirants et les candidats. Le nombre des sœurs, environ 300, n’a pas été vérifié. Selon l’Annuaire Pontifical, notre Ordre est noté comme "Canonici Regolari" sous le titre officiel "Canonici Regolari Praemonstratensi", en latin : "Candidus et Canonicus Ordo Praemonstratensis" (O. Praem.), fondé en 1120, approuvé en 1126, approuvé de nouveau en 1617-1624.

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Le P. Hugues prépare la messe

Comme but de l’Ordre y est precisé : "culto liturgico solenne, apostolato liturgico, ministero parrochiale, educazione della gioventù, missioni" (Annuario Pontificio 2004, sous ’Istituti Maschili [instituts masculins], p. 1320) donc : "liturgie solennelle, apostolat liturgique, ministère paroissial, éducation de la jeunesse, missions." Ainsi sont présentés les principaux ministères de notre Ordre. Si on y ajoute l’attribut avec lequel l’iconographie repr ésente traditionnellement notre fondateur, c’est-à-dire l’ostensoir, il en résulte un accent bien précis. Nous avons aussi été classifiés comme "un Ordre eucharistique". Cet héritage, à côté des cinq autres caractéristiques souvent évoquées (louange de Dieu au choeur, le culte eucharistique, le culte de la Vierge Marie, la pastorale des âmes et l’esprit de pénitence) nous est spécialement rappelé en cette année eucharistique (octobre 2004-octobre 2005), proclamée par le pape Jean-Paul II par la lettre apostolique "Mane Nobiscum Domine" (Reste avec nous, Seigneur).

Notre identité reçoit ainsi une certaine note spécifique, mais sans être limitée par une orientation spirituelle précise, comme c’est le cas des congrégations.

Nous les chanoines

En tant que chanoines, nous dépendons d’une Eglise, où nous avons fait notre profession, où comme chanoines nous formons l’Eglise (Ecclesia). Nous sommes donc une Eglise en miniature ("Ecclesiola") où et pour laquelle nous vivons et travaillons au sein de l’Eglise locale et dans l’Eglise universelle. Nous sommes Eglise, marqués par des éléments fondamentalement ecclésiaux et par la mission pastorale de l’Eglise tels que la prédication, la mission et la diaconie. Ainsi nous sommes « eucharistiques » puisque et parce que l’Eucharistie se trouve au centre de notre vie. Nous sommes missionnaires parce que nous considérons la prédication comme appartenant à notre mission sacerdotale. Nous croyons que notre tâche est sacerdotale, comme communautés engagées dans la pastorale paroissiale et dans n’importe quelle activité pastorale. Nous sommes "diaconaux" ou caritatifs parce que "envoyés comme Lui", envoyés aux hommes pour les rencontrer dans leurs besoins et leurs soucis, pour aller les chercher là où ils se trouvent, pour être à leur service.

Nous, les chanoines réguliers

En même temps nous sommes des chanoines réguliers, des chanoines qui suivent une Règle, vivant un style de vie spécial et selon des constitutions ; nous sommes autres que les chanoines séculiers. Tous les ministères fondamentaux de l’Eglise nous les vivons dans un Ordre qui suppose et exige communauté, "contemplatio et actio", conformément à une Règle de vie et selon des normes, ce qui s’expriment par les vœux religieux classiques. A un moment de l’histoire, l’accent a été mis sur la pauvreté qui est devenu le mot-clé, le mot de passe du mouvement des chanoines réguliers. C’est un renvoi clair à l’idéal religieux communautaire et contemplatif.

Cela ne signifie pas un jugement mais un équilibre nécessaire, non pas un "pour ou contre" mais nous avertit de la tension continue entre ces deux grands idéaux : "propter homines" et "in Deum", "pour les hommes" et "en quête de Dieu", l’envoi vers les hommes et l’appel à la sainteté. La vie des chanoines réguliers devient attrayante et attachante, lorsqu’ils vivent la charité en communauté, tout en cherchant la communion avec Dieu. Et cette communion fraternelle et contemplative les prépare au contact avec le prochain. Pour l’exprimer par des images bibliques : ils cherchent à rencontrer Dieu (contemplatio) comme la Samaritaine au puits de Jacob ; et à l’exemple du bon Samaritain, ils aperçoivent des gens sur les chemins du monde, surtout ceux qui sont "tombés dans les mains de brigands". De nos jours cette dernière situation peut se présenter n’importe comment : des victimes de l’endettement jusqu’au x victimes de notre société de jouissance (actio). Lorsqu’ils ont reconnu le Seigneur à "la fraction du pain" comme les pèlerins d’Emmaüs nous ne pouvons que nous mettre en route et nous hâter vers nos frères et sœurs : "A l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem" (Luc 24,33).

"Une vie balisée" : une chance pour notre temps

Pour faire jaillir une source, il faut la canaliser. Pour se servir de l’eau de la source il faut une rive, un lit. Alors la source peut jaillir et son eau sera utilisable. Cela vaut de même pour une pierre précieuse. Elle aura toute sa valeur et montrera toute sa beauté lorsqu’elle aura été polie et sertie. Présentée enchâssée elle révèlera sa splendeur. Cela vaut certainement pour la vie religieuse et la ferveur spirituelle personnelle. Notre ferveur spirituelle et son épanouissement ont besoin de formes extérieures et de rituels, de lieux et de temps réservés, d’habitudes fermes et d’un rythme qui assurent la fidélité dans la durée. Cela vaut certainement pour notre vie de chanoines dans une communauté canoniale. Notre vie est "une vie balisée", une vie normalisée et marquée par une Règle précise et elle est par conséquence une vie originale et originelle, unique et précieuse. Tout notre engagement est caractérisé par des activités et des structures communes, par la prière communautaire, par la vie fraternelle en communauté, ensemble en quête de Dieu. Par la mise au point de l’idéal canonial par saint Norbert, avec l’aide de la Règle de saint Augustin (1121) et grâce aux statuts et à l’organisation de l’Abbé Hugues de Fosses (1131-1134) a été créé un nouveau genre de vie religieuse et d’Ordre, situé entre l’idéal monastique et l’idéal du sacerdoce diocésain. La spiritualité de notre Ordre est ouverte et non-spécialisée. Au milieu des courants de spiritualités caractéristiques elle est plutôt neutre. Nous sommes marqués par l’esprit ecclésial, par la spiritualité de l’Eglise, et ainsi nous sommes aussi orientés vers le monde vers les hommes. Il s’agit de la spécificité de la communauté augustin ienne et de la vision de saint Norbert, prédicateur ambulant, qui était inspiré par sa mission sacerdotale. L’idéal canonial a donc son cachet et ses structures propres, exigeants mais ouverts. Son double aspect de "contemplatio et actio" convient peut-être bien à une époque ou il faut affirmer son identité et affronter les défis d’aujourd’hui.

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Le P. Abbé au jardin
  • Dans un temps de solitude et de l’individualisme, nous vivons en communauté et nous insistons sur la "communio".
  • Dans un temps d’instabilité et de changements excessifs, nous insistons sur la "stabilitas in loco" et sur la réalité et le sens de l’Eglise locale.
  • Dans un temps d’insécurité et de libertinage "post-moderne", nous gardons notre foi en une communauté qui est notre base et fondement, où vit encore une communauté de foi et où on croit encore à une communauté de vie.
  • Dans un temps de désorientation, nous nous conformons à l’idéal des premiers chrétiens : "anima una et cor unum in Deum" : une seule âme et un seul cœur en quête de Dieu (Actes 4,32).
  • Dans un temps où les prêtres diocésains sont des combattants isolés, totalement débordés et écrasés par la charge de plusieurs paroisses et par un lourd travail administratif, nous pouvons nous appuyer sur la vie communautaire et, pour autant que possible, sur la collaboration de nos frères.
  • Dans un temps de dissolution des grandes structures paroissiales traditionnelles, nous somme capables de proposer des centres spirituels et des oasis de silence, où les gens peuvent se ressourcer, se régénérer et puiser des forces neuves.

Nos monastères en tant que "centres de rayonnement" n’ont peut-être pas toutes les solutions pour répondre aux besoins pastoraux de notre temps, mais l’Eglise ne peut s’en passer si elle veut envisager une liturgie qui parle aux gens qui à la recherche ou aux fidèles qui demandent une orientation, un réconfort et un accompagnement pour leur vie de foi... Et la jeunesse... ?

Des perspectives pour l’avenir

Nous sommes un Ordre parmi les six groupes de chanoines réguliers. La Confédération augustinienne compte à elle seule huit petites congrégations. Vu que même l’Esprit Saint ignore le nombre des Ordres féminins, on ne peut plus trop tenir compte de ces chiffres. Dans la hiérarchie et la préséance nous sommes cités en premier lieu, avant les moines, les mendiants et les clercs réguliers. Mais nous sommes qu’un Ordre parmi 39 autres "Ordres" religieux, parmi 850 Instituts de vie consacrée et Associations de fidèles. Et dans le vaste paysage nous sommes petits, même si nous sommes présents à travers le monde entier. Cela relativise toutes les revendications de singularité et d’exclusivité.

Pourquoi un jeune homme entrerait-il justement chez les Prémontrés vu cette grande concurrence sur l’immense "marché des possibilités" ? Qu’est-ce qui parle en notre faveur, en faveur de notre chemin canonial, au début du 3e millénaire ?

Élargisseurs de l’horizon

L’évêque Joachim Wanke est considéré comme un des prédicateurs et conférenciers le plus renommé du monde germanophone. Il utilise un langage très original et il réussit à éclaircir des situations embrouillées. D’après lui, il nous faudrait une certaine élasticité spirituelle vis-à-vis des nombreuses exigences de notre temps si nous voulons vraiment rester spirituellement éveillés. Il nous faut une transparence vitale et nous devrions être comme des "élargisseurs d’horizon". Notre manière de vivre peut, à plusieurs points de vue, percer les horizons. Comme Ordre international, nous som mes tenus et obligés de franchir les frontières de notre Eglise locale et de jeter un regard sur l’Eglise mondiale. Nous devons réfléchir au-delà des frontières et nous sentir catholique-universel.

  • Nous pouvons constater que notre Ordre refleurit de nouveau après le revirement en Europe de l’Est où pendant plus de quarante ans la vie de l’Eglise était fort limitée, voire persécutée.
  • Avec joie, nous pouvons constater que l’Ordre prend de l’expansion surtout dans les pays appelés Tiers-Monde et fleurit en Inde, au Brésil, au Congo, souvent dans des circonstances difficiles.
  • Nous constatons que les femmes dans notre Ordre prennent un nouveau style et élèvent leur voix pour définir, d’une nouvelle façon, leur place dans l’Ordre (cf. Journées des sœurs à Cracovie).
  • Nous constatons une solidarité et une sensibilité croissantes dans l’Ordre avec les maisons qui se trouvent dans des difficultés financières ou autres ("fundus caritas").
  • Nous constatons une redécouverte et une attention plus poussée pour les éléments monastiques dans notre Ordre, ce qui se traduit en partie dans l’aspiration d’un style de vie plus communautaire et contemplatif. Ceci ne se laisse pas tellement classifier dans des catégories "progressives ou conservatrices" mais signifie plutôt un « approfondissement spirituel ». Il s’agit d’une remise en valeur de la "contemplatio", à côté de notre deuxième spécificité l’ "actio", parfois très dominante.
  • Comme tous les religieux, nous devons élargir notre horizon, ouvrir les cieux aux temps présents. Nous avons besoins d’hommes qui ne font pas les bigots en proclamant des paroles pieuses, mais qui aident vraiment à faire l’expérience de Dieu. Cela suppose qu’on soit en "communion" sur la route "in Deum", vers Dieu, qu’on a acquis personnellement une maturité spirituelle, qu’on soit capable de prendre les autres par la main pour les introduire dans l’espace de la rencontre de Dieu.

Un signe de contradiction

A différentes occasions, le Pape Jean-Paul II a exhorté les religieux à être des témoins crédibles du message chrétien dans une société marquée par de profonds changements sociaux et culturels. A l’occasion de la Journée des Religieux, le 2 février 2001, il a parlé de l’exigence que les religieux soient des "signes de contradiction" dans le monde d’aujourd’hui. L’Eglise attend des religieux, de nous donc, ce service indispensable, pour que le Christ ne reste pas un personnage historique ou un idéal abstrait, mais pour qu’il se manifeste comme une "personne vivante" que l’on suit sans compromis.

Quand nous regardons nos communautés, elles donnent quand même une impression assez bourgeoise, un style de vie qui tend plutôt au compromis. On a l’impression que les temps de la réforme des chanoines réguliers à l’intérieur de l’Eglise du XIIe siècle sous l’inspiration de saint Norbert, sont révolus. Aujourd’hui, de nouvelles communautés ou certains mouvements donnent l’impression d’être une alternative plus austère et radicale au sein de l’Eglise, en refusant le compromis avec le monde.

Du temps de Norbert ou de Bernard le succès fut pareil, comme c’est probablement toujours le cas lorsqu’il s’agit de mouvements nouveaux ; mais l’exigence d’être un signe de contradiction vaut pour tous les religieux, jeunes ou âgés, et pour tous les Instituts, anciens ou récents.

Dans notre forme de vie, je vois clairement des éléments qui contestent les déviations de notre époque "post-moderne" ou qui y sont opposés, comme je l’ai déjà dit plus haut.

Dans le passé, nos vœux étaient trop souvent considérés comme des renoncements, des privations et des restrictions : renonciation à la possession, à un projet de vie, à la sexualité.

La façon de voir du théologien autrichien Zulehner est déjà plus nuancée lorsqu’il parle de vœux comme "abandon". L’abandon des biens : je lâche, je me laisse approvisionner ; l’obéissance : je reconnais mon impuissance, je me laisse faire, je ne décide pas de moi-même ; le célibat : je n’ai pas le besoin de me perpétuer dans mes enfants. On ne nie pas les désirs fondamentaux de l’homme, tels le nom, la personnalité, la puissance, le domicile, la sécurité, la famille, mais ces désirs sont relativisés.

Le Père Abbé Ulrich Geniets préfère parler de "vœux de dédicace". Les vœux sont alors considérés comme donation, franchise, consécration : la pauvreté comme mains ouvertes et l’obéissance comme vœu d’un cœur ouvert. Dans ce cas aussi, on ressent bien sûr, tout au long de la vie, les défis et les privations, mais les perspectives ont changé.

Un engagement à vie

Par les vœux, nous nous engageons pour toute la vie. Cela contredit la mentalité d’aujourd’hui, là où on veut rester libre, ne pas se lier, rester ouvert à toutes les offres qui se présentent. Pour les gens d’une société de l’agrément, de plaisir passagère et sans frontières, un tel engagement à vie est anachronique , stupide et même malhonnête. D’ailleurs, comment puis-je savoir ce qui m’arrivera demain, ou bien où est-ce que je me trouverai demain ? Nonobstant tout désir de stabilité, de sécurité et de fidélité la plupart de nos contemporains n’osent plus s’engager et faire une promesse une fois pour toutes. Fidélité et engagement ne sont plus considérés comme des valeurs mais comme une charge. En tant que religieux, nous tenons à notre parole, à notre ″oui″ à la communauté et à notre promesse devant Dieu et avec Dieu.

Une vie en communauté

Notre style de vie suppose une communauté et notre vie appartient à cette communauté. Nos vœux rendent la vie communautaire possible, tout comme ils la garantissent. A l’encontre d’une tendance croissante de l’individualisme, de tout ce qui sépare et du divorce, opposés aux représentants de "la SARL-Moi", de l’anonymat et de l’autarcie, nous envisageons la communauté, la communication et la communion. Nous vivons ensemble, parfois avec peine, nous formons des communautés de vie avec les aînés et les jeunes, avec des personnalités et des caractères tous différents, ayant des niveaux de formation différents. Tout cela est en contradiction avec l’évolution de notre société, où la famille est dévalorisée et le mariage blâmé. Nos Constitutions vont si loin qu’el le considèrent la "communio" comme premier apostolat avant la pastorale et la charge d’âmes : "Le premier but apostolique de l’Eglise consiste donc à promouvoir cette unité dans le Christ, à l’intérieur comme à l’extérieur" (Constitutions n° 68). Le "primum propter quod", le premier "pourquoi" de notre vie en communion n’est rien d’autre que "unanimes habitatis in domo et sit vobis anima una et cor unum in Deum" [vivez unanimes à la maison, ayant une seule âme et un seul cœur en quête de Dieu] (Règle de saint Augustin I, 2).

Le vœu de stabilité

Dans ma propre vie beaucoup a changé au cours de cette dernière année. Pendant quarante ans j’ai vécu dans le monastère où je suis entré et où, hormis les études, j’ai toujours vécu. Windberg, mon abbaye, était devenu ma demeure, mon toit, mon milieu, mon espace de travail et de vie. Je témoigne toutes ma gratitude à cet espace de vie, à cette communauté e t à mes frères. Après quarante ans à Windberg, je vis maintenant à Rome et je m’efforce de m’y trouver chez moi, ce qui m’est un grand défi. Restent cependant gravées en moi ces quarante années de "stabilitas" dans ma vie, qui m’ont formé et soutenu.

A notre époque, où beaucoup d’engagements relationnels et des foyers échouent, où tant de personnes sont obligées de changer de domicile et de lieu de travail à cause de leur profession ou pour d’autres raisons ; en une période de l’histoire, où l’instabilité paraît impérative et où le « déplacement », qui rend soi-disant libre, est en vogue, Windberg était pour moi une terre familière et un rempart. Lorsque un jour un de mes frère me confieit qu’il était resté toujours comme un er rant, vraiment pas chez lui dans sa communauté, ça m’a très peiné. Comment ce pauvre frère pourrait-il jamais conseiller à un jeune d’entrer dans son monastère ?

A l’encontre de l’instabilité nous vivons la stabilité. A l’opposé de l’isolement et de l’individualisme, nous comptons sur la communauté. A l’encontre de l’esprit d’indépendance et d’autosuffisance, nous envisageons une vie de fidélité.

"La Tente de la Rencontre"

Un dernier point.
Lorsque nous regardons nos deux Pères, saint Augustin, le législateur, et saint Norbert, le fondateur de notre Ordre, nous découvrons que ces deux hommes étaient des hommes de communion et qu’ils ont tous les deux voulu construire une communauté. Augustin, ce génie de l’amitié et de la fraternité, ne pouvait pas s’imaginer une vie sans amis, sans frères. Il cherchait le contact et aimait la conversation. Enfin il a fondé et animé sa communauté, rédigé des normes et une Règle pour permettre « une vie balisée ». Saint Norbert s’est inspiré de saint Augustin pour donner à sa nouvelle communauté un fondement solide. Lui, qui avait mené tant de personnes à la rencontre du Seigneur , voulait aussi engager ses frères sur le chemin de la quête de Dieu ("in Deum").

Si nous souhaitons que notre labeur porte du fruit, l’inspiration de ces deux Pères nou s interpelle à entrer toujours de nouveau, tout comme Moïse, dans la "Tente de la Rencontre" à l’écart du camp (Exode 33,7).

De plus en plus l’Ordre s’est libéré de l’isolement, de la fuite du monde et du mépris du monde pour aller vers le dialogue, le partage, la communication, la présence et l’interaction.

De nouvelles formes de communications se sont multipliées. Les rencontres entre hommes et femmes, entre cultures et générations, entre riches et pauvres, entre croyants et non-croyants, entre religieux et laïcs augmentent. Un grand enrichissement pour les religieux est la rencontre de la terre-mère (cf. Instrumentum laboris n° 82) : la dimension écologique comme important facteur d’impulsion pour notre mission et notre spiritualité. Il y a aussi les réunions entre les Ordres, les Congrégations, les Associations de vie apostolique et les mouvements nouveaux, les contacts et la collaboration entre religieux et le clergé séculier etc.

Le don de la communauté (communio) comme espace de vie et tremplin d’activités nous rend flexibles, forts et pleins d’entrain pour aller vers ceux qui cherchent et demandent, vers les personnes fragiles, angoissées, vivant dans l’insécurité. Notre style de vie nous permet d’aller à leur rencontre d’une façon naturelle, franche et honnête. En effet , nous sommes marqués par les demandes, les problèmes, les angoisses et les soucis de la société où nous vivons. La réalité de notre monde est un défi, mais elle ne peut pas éteindre notre espérance ni nos espoirs. Le temps présent est toujours le temps du Dieu de l’Alliance, de notre Dieu qui marche avec nous et qui est toujours plus grand, notre Dieu dont les dons dépassent nos désirs. De la rencontre de Lui (contemplatio) jaillit la force, le courage et l’ardeur de chercher et de rencontrer les hommes. Elle rend possible notre "actio" dans la charge d’âmes toujours à reconstruire et à repenser..

Conclusion

Je termine par une prière à saint Bernard, un contemporain de notre Père Norbert. Leurs deux Ordres (Cistercien et Prémontré) ont provoqué une révolution en changeant la vie de l’Eglise au XIIe siècle. Ces deux géants étaient de grands réformateurs et prédicateurs, des défenseurs passionnés de l’Eglise, combattants lumineux du renouveau ecclésial et de l’approfondissement de la foi. Ils ont été des fondateurs d’Ordres et des pères spirituels, des signes d’espéran ce et des « générateurs » de nouvelles impulsions, des personnages mystiques, doués et prophétiques. Qu’ils daignent faire fructifier, par leur intercession, notre réflexion ; qu’ils accompagnent notre recherche et affermissent notre zèle.

Bernard, toi, moine incomparable,
fougueux et blessé par l’amour,
moine humble et ardent
qui enthousiasme en parlant de cœur à cœur.
Intercède pour nous auprès de notre Seigneur Jésus-Christ
que tu as vénéré avec un tendre amour du crucifié,
afin que nous devenions des amoureux ardents,
en accueillant la Bonne Nouvelle de notre Seigneur.
Amen.

Thomas Handgrätinger, o.praem.
Abbé Général



[mis à jour le 03.04.09]

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En 1126, Norbert est nommé archevêque de Magdebourg et archichancelier de l’empire. (lire sa vie)

 

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