En référence au tout récent tour d’Italie, le mouvement des sans-papiers de Namur a lancé également son « GIRO ». Il organise des occupations tournantes à travers la province, tout en restant présent à Namur de façon permanente. Venant de Guinée, du Niger, du Togo, du Kazakhstan, du Cameroun, du Congo, d’Algérie ou encore du Maroc, ils rappellent que si ils sont sans papiers, ils ne sont pas sans dignité. Pour beaucoup d’entre eux, la Belgique est devenue leur seul horizon depuis des années : leurs enfants vont à l’école et s’intègrent dans la société, un travail souvent accompli dans des conditions sociales précaires rapporte quelques revenus...
Ce « GIRO » à comme but principal de multiplier les contacts avec les différentes communes, pour que les personnes apprennent à se connaître, à se reconnaître, à s’entraider, pour que les peurs et les a priori fassent place à l’entrée en relation - toujours risquée - avec des êtres humains de chair et d’os. Il est essentiel qu’ait lieu une telle rencontre et qu’ainsi la politique soit quelque peu rendue au citoyen, pour qu’il se sente interpellé et soit poussé à s’informer non seulement de façon théorique et médiatique, mais également d’une manière concrète et immédiate. C’est pourquoi les sans papiers occupent des églises, des maisons de la laïcité et des mosquées : ils veulent faire connaître leur réalité vécue à la population.
Du 29 mai au mardi 6 juin, un groupe occupait la chapelle qui se trouve au pied de l’abbaye de Floreffe. Cette semaine du 6 au 13 juin, nous en accueillons une quinzaine à Dinant en partenariat avec la Maison de la Laïcité, le Centre Culturel et la Maison des Associations. Pendant cette semaine, diverses activités sont organisées : soupers, soirée culturelle, concert, rencontres multiples et même un match de football ! La semaine prochaine ils seront à Nismes et à Couvin, D’autres occupations symboliques suivront : Eghezée, Florennes , Beauraing, Vresse...
Même si les discussions ont commencé en Commission de l’Intérieur de la Chambre sur l’asile et sur la régularisation, les politiques n’ont pas encore envoyé de signal clair par rapport aux sans papiers. Dans certains cas, la régularisation est parfois devenue une nécessité morale. Les sans-papiers souhaitent que cette régularisation ait lieu selon des critères clairs et permanents. Ils demandent également l’arrêt des expulsions arbitraires, la suppression des centres fermés et le droit à un minimum de conditions de vie décentes. « Nous ne sommes pas dangereux, disent-ils, c’est nous qui sommes en danger.»
Que pourrait signifier pour nous, religieux, cette occupation symbolique des sans-papiers en nos murs ? Une simple goutte d’eau dans l’océan ? A une époque où des peurs souvent irrationnelles circulent de tous côtés et en tous sens, où l’on se défie les uns des autres, cet accueil nous lance sans aucun doute un défi dont nous ne pouvons encore mesurer toutes les conséquences. Nos communautés ne pourraient-elle pas être ainsi des lieux où nos diversités travaillent à s’apprivoiser, à se connaître, à se concilier et parfois à se réconcilier ? Ne pourrions-nous pas avoir comme tâche de manifester la miséricorde là où l’homme se perd et les sociétés défaillent, là où personne n’est plus ou n’est pas encore présent, là où les Pauvres du Seigneur attendent toujours sa justice ? N’est-ce pas là l’un des enjeux de l’Europe du futur ?
[updated on the 10.06.06]
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