Accueil > Communauté > Les textes > P. Dominique
« J’ai fait un rêve ». Par un clair de nuit, je retrouvais nos amis, nos amies, morts du sida et tous ceux qui les ont accompagnés, aidés à traverser la grande épreuve. L’un deux s’approcha et me dit : « J’ai eu soif de compréhension et tu m’as donné à boire. J’étais étranger, complètement rejeté à cause de mon virus qui fait peur, et toi, tu m’as accueilli. J’étais nu, dépouillé de mes évidences et de mes projets, et tu as cru en moi, me redonnant l’espérance. J’étais malade, écrasé d’angoisse et parfois de culpabilité, et tu m’as réconforté ». Mais un autre, triste me dit : « Pourquoi avais-tu si peur de m’approcher ? Etais-je un frère à cacher ? Pourquoi ne m’as-tu pas embrassé ?
L’Eglise, tout à coup, devenait ce lieu où chacun trouvait son nom inscrit et sa place, sans préjugés, où chacun pouvait puiser en abondance des trésors d’humanité. Un espace où tous se sentaient bien, un lieu sûr, où les uns et les autres, quel que soit leur statut sérologique ou leur histoire avec le virus, se reconnaissaient dans leurs différences et marchaient ensemble, partageant leurs secrets, leurs préhistoires, mais aussi le silence, mangeant à la même table. « Il n’y a plus de séropositif, ni séronégatif... », pouvait-on dire à la suite de l’Apôtre Paul. Le sida devenait un des lieux où pouvait se manifester avec clarté que le message de l’Eglise est un message d’amour, il devenait un lieu de rencontre et non de concurrence. Je contemplais avec joie une Eglise qui ne s’emberlificotait plus avec le préservatif, élaborant un message crédible pour lui donner la place qui lui revient parmi les moyens d’arrêter cette pandémie.
Je fais un rêve aujourd’hui : l’amour du semblable est reconnu comme porteur d’une promesse qui le transcende, celle de la fraternité, celle de l’amour. La promesse d’une fécondité mystérieuse se trouve aussi contenue, - comme une source cachée et scellée murmurant dans le secret de leur cœur - , dans l’amour d’un homme pour un homme, d’une femme pour une femme. Le Dieu vivant n’assigne aucune limite à la puissance de sa grâce qui brise les sceaux et libère les sources ! Au cœur d’existences, brûlées par ce désir, lui seul peut encore avec sa douceur et sa tendresse desceller la source captive, encore trop fusionnelle, pour faire entendre la Parole capable « retourner » un destin en vocation.
Alors, soudain résonne en moi la parole d’un cardinal, d’un prophète de notre temps : « Dieu est aimant et miséricordieux et non pas vengeur. Fait à l’image de Dieu, chaque être humain représente un bien inestimable et la vie de chaque personne, quelle que soit son orientation sexuelle, est sacrée et sa dignité doit être respectée. »
La communauté mondiale se mobilise en faveur des programmes de prévention, pour la prise en compte des phénomènes d’exclusion que suscite l’épidémie au niveau planétaire ainsi que pour l’accès aux médicaments pour tous. Des hommes et des femmes, au nom de leur foi en l’homme ou de leur foi en Dieu, s’engagent dans l’éducation des jeunes à la responsabilité, à la liberté. Beaucoup de personnes travaillent à inventer de nouveaux moyens pour réintégrer tous et chacun - et notamment les plus jeunes - au sein d’un monde auquel elles ont enfin le sentiment d’appartenir. Le dialogue, trop longtemps rompu, se renoue. Les fardeaux de culpabilité dont nous avions chargés les épaules de tant de personnes, fondent comme neige au soleil, car nous acceptons de respecter leur histoire, sacrée, car c’est aussi peut-être la nôtre, leur façon de s’exprimer et d’exprimer leur quête d’amour et de bonheur. Acceptant qu’ils apportent leur pierre à l’édifice de notre humanité et y gravent leur témoignage, leur héritage, leur noms.
Je rêve qu’un jour toute vallée de non-amour soit comblée, toute montagne et toute colline de discriminations abaissées, que les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements des différences en large vallée, alors la gloire du Seigneur se révèlera et toute chair, d’un coup la verra. C’est notre espérance. Avec cette foi, nous pourrons tailler dans la montagne du désespoir, la stèle de l’espoir. Nous pourrons réconcilier nos diversités sur le mode symphonique. En cet instant j’ai l’impression que ce rêve se réalise...
[mis à jour le 03.04.09]
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En 1126, Norbert est nommé archevêque de Magdebourg et archichancelier de l’empire. (lire sa vie)
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