Homélie pour la Journée mondiale du Sida

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« Dure nuit », nous dit Rimbaud dans une Saison en enfer, « dure nuit », nul ne l’avait vue tomber. Dieu est si souvent pour nous « comme un homme parti en voyage » nous laissant dans la nuit, nous cachant son visage » (cf. Is 64,6). Mais son absence creuse en nos cœurs une soif, un désir. « Veilleur où en est la nuit ? » (cf. Is 21,11), « cependant c’est la veille » nous redit Rimbaud. Dure nuit, nul ne l’avait vue tomber. Soudain, l’ombre s’est faite : il s’est installé chez nous, jetant un voile sur le soleil de nos vies, « nous emportant comme feuilles dans le vent » (cf. Is 64,5). On vit tout à coup l’amour devenir tendresse. L’amour devint grave. On serra les rangs. On s’organisa, et la jeunesse ne fut plus aussi jeune. Les tendres carnets d’adresses commencèrent à ressembler à des cimetières et s’enrichirent de croix. On pensait, en retenant nos larmes, qu’ils étaient partis simplement pour un grand voyage... Cultiver sur une autre terre des « jardinets de joie, pour y voir des fleurs s’épanouir... ».

On pensait qu ‘une aurore allait enfin se lever, mais c’est plutôt un clair de nuit... « A quel moment, demandait un rabbin à ses étudiants, peut-on dire que la nuit est terminée et que le jour a commencé » ? L’un d’entre eux suggère que c’est le moment où l’on distingue un agneau d’un chien. « Non, dit le rabbin, ce n’est pas cela ! » « Est-ce, demande un autre étudiant, au moment où l’on voit la différence entre un olivier et un figuier ? » « Pas plus, dit le rabbin, mais c’est au moment où, levant les yeux sur un visage que vous n’avez jamais vu, vous reconnaissez en cet étranger un frère ou une soeur. Jusqu’à cet instant, quelle que soit la clarté du jour, il a toujours fait nuit ». Il commencera à faire plus clair quand nous aurons changé notre regard. Car notre peur de l’autre pourrait se transformer en non-amour, notre lumière en nuit. Pourtant, comme un scintillement de lumière dans la nuit, au plus profond de nous-mêmes brûle la flamme -si petite soit-elle - de l’espérance et de l’amour. L’espérance ose dire : « Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, ni la souffrance, ni les exclusions, ni d’être séropositif, ni le sida, ni l’angoisse, ni le désespoir, ni l‘abandon, ni la mort... » (cf. Rm 8,35-39).

La pandémie du sida nous appelle impérieusement à être communauté de salut : contre la peur, la passivité, l’exclusion, en maintenant ouvert un chemin d’humanisation. Le sida pourrait être un des lieux où se manifesterait avec clarté que le message de l’Evangile est avant tout un message d’amour. Et si nous apprenions à jouer avec nos diversités plutôt sur le mode symphonique que sur le mode de l’affrontement ? Nous y sommes conviés, et le défi à relever est énorme. Le sida devrait être le lieu de la rencontre et non lieu de la concurrence, lieu de solidarités insoupçonnées et de créativité, mais aussi lieu d’un « combat spirituel ». Combat de tous les jours, veille de chaque instant, mais que relativisent bien souvent nos fatigues, nos lassitudes et nos essoufflements et surtout notre propension naturelle à la répétition rassurante. Nous sommes « provoqués à inventer », à creuser toujours de nouveaux sillons pour irriguer nos terres trop sèches... Face à cette maladie qui amorce peut-être une autre histoire de la santé, qui fabrique de nouveaux patients et de nouveaux soignants, qui fait vivre dans la fragilité tant d’entre nous qui nous croyions invulnérables, qui bouleverse l’amour de soi, l’amour des autres et du semblable, qui interroge notre force et notre faiblesse, notre science et notre non-savoir, qui peut faire exploser le désespoir aussi bien que l’espoir ?

Même si notre espérance est inquiète, continuons à dessiner, à taguer même, à construire, à souder des communauté de solidarité, de soutien, d’amitié, de prière. Ces instants ainsi vécus en communion pourront nous aider à relier, à recoller, à rassembler les morceaux de nos mémoires, les « morceaux » de ceux et celles que nous avons aimés, connus, accompagnés, ce sera aussi une manière fantastique de leur redonner vie. Nous aider aussi à vivre cette nuit de tourmente « armés d’une ardente patience » (cf. Rimbaud) en éduquant, en protégeant ceux qui vont bien, en calmant ceux que tient l’angoisse, en offrant l’espérance et le courage à ceux qui sont dans la souffrance, en serrant ceux qui s’en vont « de la nuit au soleil » (cf. M. Foucault). Imaginons peut-être un seul instant comment ces amis, « ceux qui reviennent de la grande épreuve » (Ap 7,14), pourrait accueillir ceux qui les ont entourés au temps de leur maladie : « J’ai eu soif de compréhension et tu m’as donné à boire. J’étais un étranger, rejeté à cause de mon virus qui fait peur, et toi tu m’as accueilli. J’étais nu, dépouillé de mes évidences et de mes projets, et tu as cru en moi, me redonnant dignité et espérance. J’étais malade, écrasé d’angoisse, de culpabilité, et tu m’as réconforté » (cf. Mt 25, 36-44). Mais oui, le sida est une terre sacrée, « Dieu était là et je ne le savais pas ! » (cf. Gn 28,16).

Le défi à relever est énorme mais pas impossible ; car le grand risque serait de se désintéresser du sida au moment où il touche effectivement les plus faibles, les plus pauvres. Si nous pouvions laisser advenir la Parole, libérer une parole passionnée qui dirait le cœur battant, le rythme essentiel de notre vie, et la profondeur de notre existence, il ferait sans doute moins nuit ! « C’est la veille », nous croyons que nulle vie n’est perdue, nulle générosité n’est vaine et qu’il nous faut vivre ce temps jusqu’à l’aurore.



[mis à jour le 03.04.09]

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Norbert

En 1126, Norbert est nommé archevêque de Magdebourg et archichancelier de l’empire. (lire sa vie)

 

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