Homélie bouvignoise

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Avec ce douzième dimanche du temps dit ordinaire, que symbolise la couleur verte dans la liturgie – n’y voyez là aucune connotation politique -, nous quittons le temps pascal et les belles fêtes qui l’ont suivi : Trinité, Fête Dieu, Sacré Cœur. Aujourd’hui, l’Église nous convie à suivre le Christ et les Apôtres, pas à pas, vers la montée vers Jérusalem et la Résurrection. C’est à travers le prisme de la Résurrection, à la lumière de la Résurrection de Jésus - si vous préférez - que tous les événements de la vie de Jésus nous sont rapportés. Les miracles, les enseignements, les rencontres de Jésus sont à recevoir, ne l’oublions pas, comme figure du salut que le Christ vient accomplir. Et le récit de la tempête apaisée [1], que nous venons d’entendre, doit être compris en ce sens. Cet épisode est en soi une merveilleuse parabole pour les témoins de la Résurrection et c’est dans cet esprit que nous avons, aujourd’hui, ce 21 juin 2009, en ce premier jour d’été, à le recevoir.

De plus, ce récit nous le recevons après avoir été invité à méditer deux autres textes qui nous aident à mieux comprendre la puissance créatrice de Dieu marquée certes par sa toute-puissance, rappelez-vous le texte du livre de Job, mais aussi son désir de solidarité avec toute l’humanité qu’il a créée. Le Dieu de Job commande lui aussi la tempête [2]. La tempête qui est un symbole ancien de la mort, de la guerre et de toutes les formes de pauvreté qui ravagent le cœur des hommes. Tout ce qui nous fait souffrir, tout ce qui nous hante, tout ce qui nous tracasse est symbolisé par la tempête. De plus, la mer, pour les Hébreux, c’est le monde de l’inconnu, des forces du mal : nous ne sommes pas encore au temps des sous-marins nés de l’imagination de Jules Verne – cet extraordinaire visionnaire dont la science moderne est si redevable … -

Au temps du Christ, tant chez les Hébreux que pour bon nombre d’autres civilisations, la mer reste perçue comme un monde mystérieux, lieu de prédilection de monstres marins, portes ouvertes des enfers, univers profondément ancré avec les puissances du mal. Aussi comprenons-nous mieux pourquoi Jésus calme la tempête et apaise les flots qui risquent de submerger la barque et ses occupants. Déjà, lorsque Job crie sa souffrance et appelle le salut, lui aussi est en attente d’une réponse à son pathos misérable ; la réponse de Dieu ne se réalise pleinement que dans le don de son fils Jésus qui passe par l’épreuve de la mort et nous donne l’espérance inouïe de la résurrection. C’est ainsi que nous comprenons le cri de saint Paul : Si le Christ n’était pas ressuscité des morts, notre foi serait vaine. Mieux, nous l’avons entendu dans la seconde lecture [3] : Que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur Jésus qui est mort et est ressuscité pour eux.

Nous oublions trop souvent que chacune et chacun d’entre nous, sommes appelés à participer à la victoire du Christ sur l’épreuve ultime de la mort, la résurrection. N’attendons la première tuile pour soudain nous rappeler que nous devons, nous aussi, retrousser nos manches et participer au plan du salut et à la vie de l’Église. Telle est la condition première du chrétien, du croyant : ouvrir sa vie au Christ, à Jésus mort au milieu des hommes et ressuscité pour la vie éternelle. Nous ouvrir aux autres mais aussi et à tout ce qui dans les autres est en attente de salut, sera pour nous la plus belle manière de répondre à l’attente de Dieu sur ma vie.

Car Dieu a placé en nous toute sa confiance, nous l’oublions trop souvent …

Et la question n’est plus tant : Qui est-il celui là qui apaise la tempête et fait obéir le vent ? mais bien : « Suis-je, moi, homme, femme, baptisé au nom du Christ ressuscité, suis-je prêt à m’investir et à donner le meilleur de moi-même pour les autres et offrir ma préoccupation à l’humanité qui souffre, qui peine, qui espère… ? Et cette offrande sera pour moi la plus belle des prières. Mais si je reste calfeutrer chez moi, dans mon fauteuil, fermez et sourds à l’appel de mes frères ; je ne dois pas m’étonner, le jour où je suis confronté à la première tempête que celle-ci me submerge, me face perde pied et finalement me fasse plonger, sombrer dans le stress, le vague – à - l’âme, l’amertume, la dépression ou pire, le suicide.

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Osons donner à notre vie, notre belle vie un SENS et ce sens, c’est Jésus qui nous le donne. Le récit de la tempête apaisée est une invitation à la CONFIANCE et à la SOLIDARITE. « Pourquoi avoir peur ! Comment se fait-il que nous n’ayons pas assez la foi ? » La peur paralyse, la foi fait agir. Et c’est pourquoi, comme l’écrit saint Paul, à qui nous laissons les mots de la fin de cette homélie : si quelqu’un est en Jésus-Christ, il est une créature nouvelle. Inutile d’acheter une nouvelle cote au marché ou de refaire la tête comme Michel Daerden, il suffit de regarder Jésus. C’est la leçon extraordinaire du vieux paysan qui passait tant d’heure devant l’autel de l’église de Ars, au grand étonnement de l’abbé Jean-Marie Vianney qui, un jour, n’y tenant plus l’interrogea sur le motif de sa présence et le brave paysan lui répondre : Je le mire, il me mire ! Je le regarde, il me regarde. Et cela suffit. En contemplant Jésus, en lui redisant notre confiance, notre foi, l’empreinte de son regard chargé d’amour touchera nos cœurs et nous irons vers nos frères et nos sœurs, spécialement ceux qui doutent, ceux qui souffrent, ceux qui désespèrent avec FOI, avec JOIE et ENTRAIN.

Que l’Eucharistie que nous partageons soit l’occasion de soutenir notre foi. Que les intentions de prières que nous partageons soient pour nous l’occasion de nous soulager et de guérir pour rendre justice et apporter la paix à ceux qui nous entourent et en ont tant besoin. Amen.

Frère Jean-Baptiste

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[1] Mc 4,35-41

[2] Jb 38, 1.8-11

[3] 2Co 5, 14-17



[mis à jour le 15.07.09]

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