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Supposons que Bouvignes soit un jour jumelé avec une ville du fin fond de la Chine... Supposons qu’un Chinois qui n’a jamais eu aucun contact avec le christianisme, dans le cadre de ce jumelage, vienne habiter notre belle cité et soit accueilli par une famille chrétienne. Ne va-t-il pas s’étonner, voire être scandalisé, de découvrir, mise à l’honneur partout dans la maison, une sculpture représentant un homme mort après avoir subi les pires tortures sur un gibet... Sans doute cherchera-t-on à l’informer du nom de ce condamné et lui parlera-t-on de la croix, du crucifix. Le Chinois s’étonnera davantage encore de voir des chrétiens arborer ce signe, comme un insigne, à la boutonnière ou suspendu à une chaînette autour du cou... Il apercevra cette représentation à la croisée de nos chemins de campagne ou au sommet de nos édifices... Il constatera que la dévotion des chrétiens s’organise autour de la croix et s’en trouvera étonné, sinon choqué et troublé...
Voyez-vous, frères et sœurs, nous nous sommes trop habitués à la croix ; elle fait partie de notre environnement et nous ne pensons plus « au scandale » de la croix. Or, la croix, nous ne devrions jamais nous y faire ! Pensons seulement à celui qui se trouve sur la croix : c’est nous qui en sommes les bourreaux. Oui nous, car comme dit si bien saint Paul : « Ce sont nos péchés qu’il portait ». Ce sont nos péchés qui l’ont conduit jusque là. Nos péchés ont cloué un innocent sur la croix.
Si l’on dit à ce Chinois : « Cet homme que nous représentons sur ces croix partout présentes, c’est nous qui sommes les auteurs de son supplice », il ne comprendrait certainement plus rien. « Voilà, dirait-il, un monde de fous : ils adorent celui qu’ils ont crucifié. » Sans le savoir sans doute ce Chinois citerait la prophétie reprise par saint Jean à la fin du récit de la mort de Jésus : « Ils contempleront celui qu’ils ont transpercé ».
Cependant il faudrait faire comprendre à ce Chinois que si nous vénérons la croix, c’est parce qu’elle est l’instrument de notre salut et que si nous adorons le crucifié, c’est parce qu’il est vivant et glorieux. Nous lui ferions comprendre que lui-même l’avait prophétisé : « Lorsque je serai élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ». La croix est pour nous un objet familier, non un objet banal. Un vrai chrétien ne devrait jamais s’habituer à la vue de cette croix dont nous sommes arrivés à faire un objet d’art. Nous disons : « Un beau Christ » mais songeons-nous encore à la terrible réalité qui se cache derrière la croix ?
Au-delà d’une œillade indifférente ou d’une considération purement esthétique, puissions-nous lever vers Jésus en croix un regard qui exprime notre reconnaissance et implore le pardon ; puisse notre vie être offerte en oblation avec celle de Jésus pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Osons redire avec saint Paul : « Je suis crucifié avec le Christ ». Ainsi jamais nous ne nous habituerons à la croix. Avant d’entrer dans la semaine sainte, l’Eglise nous invite à faire halte, un moment, devant la croix. « Vous qui passez sur le chemin, levez les yeux et considérez s’il est une douleur semblable à la mienne » (Lamentations 1,12). Le Fils de l’homme a été élevé sur le gibet et de là, il attire le monde à lui pour le sauver. La croix est la preuve suprême de l’amour du Père envers nous tous : Dieu a aimé le monde au point d’accepter le sacrifice de son Fils.
Une représentation ancienne de la Sainte Trinité nous montre le Père tenant entre les deux mains le montant transversal de la croix et regardant son Fils. Il semble lui dire : « C’est donc jusque là, mon Enfant, qu’il t’a fallu aimer le monde pour le sauver ! » La croix va jusqu’à impressionner Dieu lui-même et elle ne nous saisirait plus ? Nous disons : « Un beau Christ ». Ce qui est beau, à travers l’horreur de la croix, c’est l’amour qu’elle révèle. Amour douloureux qui apporte la vie. A cette croix le Seigneur a suspendu son corps meurtri ; par le sang qu’il y a versé, il a guéri nos blessures. La croix a rendu au monde le salut, la croix est victorieuse, la croix triomphe. La croix refoule tout le mal. Pour chasser le mal, nous sommes prêts à tous les combats. Cela, le Chinois le comprendra très bien. Alors, prenons au sérieux l’amour que Dieu nous manifeste au travers du don unique de la croix de son Fils bien-aimé.
[mis à jour le 03.04.09]
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