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Notre société se fait un art de cultiver les paradoxes
S’il existe une faim qui touche une partie croissante de l’humanité, il en est une autre, faim spirituelle et morale, faim de l’âme et du cœur, que nous côtoyons quotidiennement et que rien ne semble vouloir apaiser. A ce sujet, une réflexion de Mère Teresa de Calcutta m’a paru intéressante de vous partager.
"Les gens, écrit-elle, ont faim de Dieu. Ils croient vivre parce qu’ils font beaucoup de choses mais ils passent à côté de la vraie vie" et la bienheureuse d’ajouter : "Jésus est le pain de vie qui satisfait notre faim de vivre."
Est-ce là, frères et sœurs, une conviction que nous pouvons faire nôtre ?
Notre existence est-elle profondément renouvelée, rassasiée, rajeunie par notre communion au corps et au sang de Jésus ?
Quelle est notre foi en l’Eucharistie ? Participation statique ? Acceptation d’une présence réelle et mystérieuse, sans plus ? Dynamise-t-elle au contraire notre vie de foi au point d’entrer dans la logique de l’amour où Celui qui se donne à nous, Jésus, nous invite à nous offrir nous aussi tout entier par amour à son Père et à tous nos frères et sœurs ?
Au soir de la Pâque, nous rappelle l’Evangile de ce jour, Jésus s’offre Corps et Sang pour la vie du monde. Il se livre tout entier à nous sans réserve : ceci est mon corps, ceci est mon sang, répandu pur la multitude !
Il est pour nous, déclare l’auteur de la lettre aux Hébreux, la victime sans tache, le médiateur d’une Alliance nouvelle, promesse d’un héritage éternel.
L’alliance ancienne était scellée par le sang d’animaux. Voyez Moïse prenant le sang des animaux et le versant sur l’autel des holocaustes.
Voyez le Temple de Jérusalem qui ressemblait davantage à un immense abattoir où le peuple espérait à travers tous les sacrifices une libération définitive.
Jésus lui donne un sens nouveau et définitif à l’offrande qu’Il réalise de lui-même. De son côté transpercé jaillira le sang et l’eau. Et les Pères de l’Eglise y ont vu symboliquement rappelés le sang de l’Eucharistie et l’eau du Baptême, ces deux merveilleux sacrements par lesquels nous entrons dans la vie même de Dieu, par lesquels nous sommes devenus, comme l’écrit saint Paul, frères et sœurs du Christ, cohéritiers de la grâce éternelle.
Dieu ne veut aucun sacrifice et encore moins de sacrifice humain. Il le dit souvent par la voix de ses prophètes. Le seul sacrifice qu’il désire est celui d’un cœur brisé, broyé, chante le psalmiste au psaume 50. Pour reprendre l’expression du saint Curé d’Ars, Dieu désire un cœur liquéfié et repentant (ce qui motive chacune de nos démarches pénitentielles où nous reconnaissons tout simplement que l’Amour de Dieu est PREMIER dans nos vies).
Jésus a pourtant versé son sang sur le bois de la Croix. Pourquoi ?
Il le fait pour nous montrer à quel point Dieu, respectueux de notre sacro-sainte liberté AIME tous les hommes et femmes sans exception aucune. Jésus meurt de TENDRESSE pour le fils prodigue, pour le jeune homme riche, pour la Samaritaine, pour le publicain, pour la pécheresse publique… et il meurt aussi pour MOI, pour chacune et chacun d’entre nous. En sommes-nous conscients ?
Et le sacrifice de Jésus est UNIQUE. Par ce geste inouï, il rappelle aux hommes l’amour fou et sans condition de Dieu son Père pour toute l’humanité. Pourtant, c’est au nom de cet amour gratuit que les tenants de l’ordre et du pouvoir l’ont livré pour le mettre à mort, lui Jésus, la victime innocente, l’agneau sans tache, livré et immolé sur le bois de la croix …
Pour la plupart des jeunes aujourd’hui sans doute, la fête du Saint Sacrement évoque peu de choses. Pour les aînés, par contre, c’est le souvenir des longues processions qui parcouraient nos rues avec le parfum des pétales de roses et des pivoines que les jeunes enfants, habillés de blanc, lançaient de leurs belles corbeilles enrubannées avant le passage du prêtre qui sous le dais portait le Saint Sacrement. Tandis que la chorale reprenait de pieux cantiques, que la fanfare locale ponctuait d’air solennel…. Les temps changent, les pratiques et les usages de même, mais, au plus de nos cœurs, ce jour, osons redire au Christ Jésus, notre foi, notre espérance, avec la même ardeur qu’au temps de nos belles processions.
Jadis manifestation très extérieure, la fête Dieu prend aujourd’hui plus l’allure d’une fête intérieure où nous habillerons nos cœurs de lumière et de paix. Mieux, peut-être communierons-nous sous les deux espèces en offrant notre démarche comme une prière, comme le geste de notre propre désir d’entrer dans la logique de l’amour qui se donne. Je souhaite à toutes et tous un cœur à cœur avec Dieu et cette belle certitude qu’il est toujours à nos côtés.
Chaque eucharistie est une merveilleuse invitation à rencontrer le Dieu vivant et trois fois saints. Ne manquons pas les rendez-vous que Dieu nous offre et où il vient apaiser nos faims les plus profondes et nous donner l’espérance d’un monde meilleur. Amen.
[mis à jour le 15.07.09]
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