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On envoya à Jésus des pharisiens et des hérodiens pour le prendre au piège en le faisant parler, et ceux-ci viennent lui dire : « Maître, nous le savons : tu es toujours vrai ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens, mais tu enseignes le vrai chemin de Dieu. Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? Devons-nous payer, oui ou non ? » Mais lui, sachant leur hypocrisie, leur dit : « Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Faites-moi voir une pièce d’argent. » Ils le firent, et Jésus leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? De l’empereur César », répondent-ils. Jésus leur dit : « A César, rendez ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu. » Et ils étaient remplis d’étonnement à son sujet. (Marc 12,13-17 )
Tous les despotes de l’histoire ont cherché à s’attribuer indûment le droit de vie ou de mort sur leurs sujets en fonction de leurs intérêts politiques. La mainmise sur la religion faisait bien sûr partie de ces intérêts.
Aujourd’hui, nous venons d’une époque ou les rapports entre l’Eglise et l’Etat, entre le spirituel et le temporel, ont été passablement troubles, allant parfois jusqu’à la compromission mutuelle. Ce temps est presque révolu, grâce à Dieu. Mais presque seulement : nous voyons encore parfois de nos jours des croyants ou de hautes instances religieuses, y compris catholiques, exiger le maintien d’un symbole religieux, tel par exemple que le crucifix, dans des lieux publics comme les écoles, les tribunaux ou les mairies. Il est vrai que quand notre pouvoir ou notre influence de fait sont en jeu, nous avons tous tendance à oublier la doctrine la plus authentique de l’Eglise. La déclaration Dignitatis Humanae du Concile Vatican II tout comme l’encyclique Deus caritas est du pape Benoît XVI ont pourtant été très claires à ce sujet : si l’espace public – la rue, les bâtiments associatifs- appartient à tous, les lieux public, qui sont là pour le service de tous, n’appartiennent, eux, à personne. L’ancienneté ou l’histoire d’une foi ou d’une culture ne donne aucun privilège en la matière.
Le passage de l’Evangile de Marc concernant l’impôt dû à César nous montre que cette question du rapport entre le temporel et le spirituel se posait déjà au temps de Jésus. Les pharisiens et les hérodiens veulent piéger Jésus : si celui-ci recommande de payer l’impôt de César, il se rend complice d’un pouvoir Païen en terre d’Israël ; si il recommande de ne pas payer, il fait figure de révolutionnaire contestataire. Dans les deux cas, il est perdu.
Mais Jésus ne répond pas à cette question. En demandant à ses interrogateurs d’apporter une pièce d’argent marquée à l’effigie de César, il les prend à leur propre piège, puisqu’il est ainsi démontré qu’eux-mêmes utilisent une monnaie païenne à l’intérieur du Temple, le lieu le plus sacré de la terre d’Israël. Cette pièce de monnaie n’est que ce qu’elle représente : un moyen pour faire fonctionner l’économie et la société. Le fonctionnement économique et le pouvoir politique qui est censé en principe le garantir ne sont eux-mêmes que des moyens pour permettre à tous de vivre libres. La monnaie est marquée à l’effigie de César parce que c’est le rôle et le devoir de César que de garantir et réguler sa valeur de transaction. En dehors des conventions humaines, elle reste un objet inerte.
L’être humain, quant à lui, est marqué du sceau de l’image de Dieu, qui garantit sa dignité. On n’est plus ici dans le registre d’un échange mercantile mais dans une alliance car la dignité de l’homme, c’est sa liberté royale. Si donc l’homme est image de Dieu, il n’a de compte à rendre qu’à Dieu et ainsi, par Dieu, à lui-même. Créé à l’image de Dieu, l’homme doit encore lui ressembler dans sa liberté d’aimer, de créer et de louer. Cette liberté de l’homme, même le péché ne parvient pas à l’annihiler. Elle donc doit être intégralement respectée et garantie du premier au dernier instant de la vie humaine sur terre. Elle ne peut subir aucune contrainte extérieure, d’aucune institution civile ou religieuse. La foi n’est la propriété d’aucun gouvernement, d’aucun parti politique, même pas de l’Eglise. Croire est le plus digne et le plus haut des actes de la liberté, parce que la foi n’appartient qu’à Dieu, qui la donne à chacune et à chacun comme une grâce. Vouloir contraindre l’homme à une foi, même de la manière la plus infime, c’est nier Dieu et sa puissance.
[mis à jour le 01.06.10]
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