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Le fameux sermon : "La religion est un fardeau pour l’homme naturel", que le jeune curé anglican John-Henry Newman à l’âge de 28 ans, prononça dans sa paroisse St Mary the Virgin à Oxford continue à susciter des échos en moi. J’étais d’accord avec lui et j’avais avoué qu’effectivement la religion avait été aussi une corvée pour moi, au moins à certains moments de ma vie. J’étais alors agréablement surpris d’entendre de la part de frères de ma communauté qu’ils n’avaient pas eu de problèmes avec la religion. Et je m’étais dit : ils sont plus catholiques que toi.
Ce qui n’empêche pas que je donne toujours raison à J.-H. Newman et pense comme lui, que la religion peut être vraiment un fardeau lourd à porter, d’autant plus si quelqu’un n’a pas la chance de s’entendre dire par Jésus : "Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. (...) Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger" (Mt 11,28-30).
Comme disait J.-H. Newman en conclusion : "Il est donc de notre intérêt évident de nous interroger sur les moyens de changer notre coeur, de ne plus mettre en doute notre devoir envers Dieu et le Christ, notre Sauveur, notre Rédempteur". - Alors laissons-nous saisir par cet amour du coeur de notre Dieu.
C’est curieux de constater, c’est surtout autour de l’âge de trente ans que beaucoup de saints et saintes ont vécu un vrai tournant dans leur vie. Certes, je n’étais pas un saint, mais à l’âge de 27 ans le Seigneur m’appelait à devenir prêtre. J’avais alors une situation de vie assurée pour l’avenir et j’envisageais le mariage. Je commençais alors à me chamailler avec Dieu parce que je n’avais pas trop envie de tout quitter. Et je disais au Seigneur : mes enfants peuvent devenir prêtres. La réponse du Seigneur était chaque fois nette : je n’appelle pas tes enfants, c’est toi que j’appelle. Ne pouvant plus résister à cette voix, j’avais fait alors mes valises et j’étais entré à l’Abbaye de Leffe. Pourquoi Leffe ? Parce que la vie canoniale, à la fois contemplative et active de l’Ordre de Prémontré, était mon choix préféré. Et je dois dire pendant ma longue vie religieuse et sacerdotale, dans toutes les circonstances, le Seigneur Dieu est resté mon appui et mon secours.
Par discrétion et respect de moi-même, en vertu de la fidélité envers le Seigneur Dieu, je n’entre pas dans d’autres détails de ma vie. Mais voici quelques autres exemples de personnes qui ont vécu un bouleversement dans leur vie. Sans trop allonger la liste, je commence par une femme.
Catherine de Gênes, née en 1447. À l’âge de 16 ans elle fut donnée en mariage. Au début elle fut poussée, par un mari qui s’adonnait aux jeux de hasard, à mener un genre de vie mondaine, dans laquelle toutefois elle ne réussit pas à trouver la sérénité. Après dix ans régnait dans son coeur un sens profond de vide et d’amertume. À 26 ans commença sa conversion, son coeur fut touché par la bonté de Dieu. À cette occasion lui apparut Jésus souffrant, chargé de la croix. (Cf. Audience générale du Pape Benoît XVI le 12 janvier 2011).
Notre Père, saint Norbert (1080-1134). Après une jeunesse plutôt aventureuse, il se convertit et collaborant avec la grâce de Dieu, il fonda en 1121 l’Ordre de Prémontré.
Saint Ignace de Loyola (1491-1556), ce soldat, qui n’éprouvait pas un intérêt spécial pour la religion en sa jeunesse. Suite à une blessure essuyée pendant un combat, il fut touché, sur son lit de convalescence, par la lecture d’une vie du Christ et un livre sur les saints. Saisi par la grâce de Dieu, il devint soldat du Christ et fonda en 1534 la Compagnie de Jésus.
Charles de Foucauld (1858-1916), ce militaire français. Il fit carrière dans l’armée et mena une vie dissolue. À 23 ans, il décida de démissionner de l’armée afin d’explorer le Maroc en se faisant passer pour un Juif. De retour en France, il se convertit et devint religieux chez les Trappistes. Sa quête d’un idéal encore plus radical, de pauvreté, d’abnégation et de pénitence le poussa à quitter la Trappe afin de devenir ermite en 1901. Il se retira dans le désert en Algérie pour connaître les berbères et les Touaregs. Le 1er décembre 1916, il fut assassiné à la porte de son ermitage.
Citons encore un contemporain, le journaliste occasionnel allemand de l’hebdomadaire influent "Der Spiegel" de tendance centre gauche : Peter Seewald, né en 1954 à Passau, aux confins de la Bavière, dans une famille catholique. Dans les années 1968, le jeune Seewald était séduit par le gauchisme révolutionnaire et quitta l’Église en 1973. Au fil de ses rencontres avec le Pape il rentra dans l’Église. Il est devenu célèbre par son dernier livre "La lumière du monde", qui se compose d’entretiens avec Benoît XVI.
Terminons la liste par saint Augustin (354-430) dont nous aimons nous souvenir de sa célèbre invocation : "Notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi, Seigneur !" – D’après son livre "Les Confessions", nous savons qu’Augustin n’a pas du tout été un fan de la religion en son enfance et pendant sa jeunesse. Je ne pense pas que la religion a été un fardeau pour lui, mais d’après le livre précité, pendant sa jeunesse il avait retardé volontairement son baptême, donc sa conversion. Se souvenant sans doute aussi de cette parole de Jésus : "En vérité, en vérité, je vous le dis, à moins de naître à nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu" (Jn 3,3), à l’âge de 32 ans, par le baptême, Augustin ouvrit alors cette porte qui donne accès au Royaume de Dieu. En cet instant se réalisait sa belle parole qu’il avait adressée à Dieu : "Ma vérité, longtemps je t’ai cherchée."
Comme un fil rouge la vérité serpente à travers l’encyclique "L’amour dans la vérité" de Benoît XVI. "Aujourd’hui, l’important est que l’on voie de nouveau que Dieu existe, qu’Il nous concerne et qu’Il nous répond" (Benoît XVI Lumière du monde, page 93).
Je crois fermement et l’expérience de la vie me l’apprend, la légion des martyrs, les saints et saintes me confirment dans cette foi, que Dieu est à l’origine de toute vraie vocation. Où sont amour et vérité, il y a communication, communion, communauté et Dieu y est présent, soit parfois au prix de grâces spéciales qui coulent de la Croix du Christ. Chemins de Pâques……
[mis à jour le 08.03.11]
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