« Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles ». Lorsqu’on chante le Magnificat de Marie, on peut être étonné de la disproportion entre le souffle révolutionnaire de ses paroles et ce qui l’a inspiré : au plus intime de la féminité de Marie, un petit être croît doucement. Au dehors, déjà les puissants de ce monde complotent sa perte. C’est donc qu’ils ont peur d’être renversé de leur trône. Mais entre la logique des puissants et la confiance des humiliés, Dieu a pris parti, lui qui dès le premier jour de sa vie terrestre, s’offre à nous dans une mangeoire. Sa vulnérabilité, parce qu’elle nous émeut au plus profond, est la seule puissance que Dieu souhaite déployer. Il est bien vu ces temps-ci de rire des bons sentiments et de l’imagerie sirupeuse de Noël. Mais qu’en est-il réellement ? Cette douceur de Noël : la crèche, les bergers, le bœuf, l’âne et les moutons, les anges les mages… Tout cela n’est-il qu’un folklore superflu ? En ces temps de bousculements sociaux, politiques et même géopolitiques, d’inquiétudes climatiques et biosphériques, nous devrions nous réjouir de ce que Dieu venant sur terre aime à s’entourer de quelques animaux domestiques qui le protègent du froid et qu’il accepte la compagnie de ceux que nous n’aimerions pas trop accueillir à notre table. Au-delà des apparences et conventions, nous pouvons ainsi nous savoir reconnus jusque dans notre pauvreté cachée. Le cœur des anges nous le rappelle : Dieu met sa gloire dans la paix qu’il veut offrir aux hommes. Les mages nous le montrent : cette paix est destinée sans exclusive à tous les peuples de la terre. Loin de nous écarter de l’essentiel, tous ceux qui entourent « le petit Jésus » langes nous indiquent déjà son identité profonde comme réconciliateur et sauveur aux plans cosmique, social, personnel et spirituel. Le regretté Vaclav Havel vient de nous quitter avec cette interpellation : « La tragédie de l’homme moderne n’est pas qu’il en sache de moins en moins sur le sens de la vie, mais que cela ne le dérange presque plus. » La crèche n’est-elle pas une porte d’entrée pour redécouvrir avec « nos sens » « le sens du sens » ? Aucune révolution ne tient qui ne passe par le plus profond des libertés et des cœurs…
[mis à jour le 24.12.11]
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